Djibouti: des femmes en grève de la faim pour dénoncer les viols dans le pays

Une rue de Djibouti (photo d'illustration).
© Wikimedia Creative Commons/CC BY 3.0

Dix femmes sont en grève de la faim pour dénoncer les viols à Djibouti. Ces Djiboutiennes sont toutes réfugiées politiques en Belgique ou en France. Elles ont arrêté de se nourrir le 15 mars. Pour elles, l'armée djiboutienne utilise le viol comme moyen de réprimer l'opposition au gouvernement.

Les dix militantes espèrent donner davantage de résonnance à leur message à quelques jours de l'élection présidentielle à Djibouti. En effet, ce vendredi le président Omar Guelleh briguera un quatrième mandat.

Aïsha Dabalé est porte-parole en France du Comité des femmes djiboutiennes contre les viols et l'impunité. Elle explique que les soldats du gouvernement utilisent le viol comme moyen de répression contre l'opposition : « Depuis le début de la guerre civile en 1991 il y a eu des centaines de femmes qui ont été violées par les soldats de l’armée gouvernementale à Djibouti. Ça ne peut pas durer. Nous constatons que ce sont les régions du nord, du sud-ouest du pays, qui sont les régions où opère le front armé du FRUD, où les femmes et les civils sont pris pour cible parce qu’ils sont simplement soupçonnés de sympathie parfois à l’égard de ce front armé ».

La militante réclame une enquête internationale pour faire la lumière sur ces exactions et veut la reconnaissance de ces viols comme crimes de guerre : « Je suis en France depuis 1998. J’ai quitté Djibouti justement, parce que j’ai été emprisonnée parce que j’avais dénoncé le viol de ces femmes-là. Parce qu’à l’époque j’avais constitué un dossier avec des témoignages de femmes violées. Et ces viols se poursuivent encore aujourd’hui. A Djibouti, il y a une terrible répression et tout le pouvoir est concentré entre les mains du président Guelleh. Et puis vous vous retrouvez derrière les barreaux pour un oui ou pour un non ».

Le gouvernement réagit

Des accusations qui ont fait réagir le gouvernement djiboutien qui s'exprime par la voix de son porte-parole Mahamoud Ali Youssouf. « Je crois qu’il y a aussi derrière tout ça une certaine démotivation un peu électoraliste » déclare le porte-parole qui s'interroge sur le timing de la grève de la faim alors que le pays est en campagne électorale.

« On se demande après vingt ans – un peu plus de vingt ans – ce qui amène maintenant ces dames-là à faire la grève de la faim pendant la période électorale ou pendant la campagne électorale de 2016. Et on a reconnu aussi quelques personnes qui sont réputées être de farouches opposantes au régime depuis une trentaine d’années ». 

Mahamoud Ali Youssouf voit derrière ce mouvement, une manoeuvre politique et affirme qu'aucune preuve n'a été fournie à ce sujet depuis 1991. « On se dit peut-être qu’il faudrait que si ces dames aient été réellement victimes de ces exactions, de ces viols dont elles parlent, par l’armée djiboutienne, il faudrait que la procédure soit entamée rapidement, le dépôt de plainte contre x, auprès de la justice, poursuit le porte-parole du gouvernement interrogé par RFI. Elles n’ont pas besoin d’aller vers l’armée. La justice fera son travail et certainement une inspection sera ouverte. On ne peut que les appuyer sur ça. L’impunité n’est pas quelque chose que nous encourageons de toute manière ».

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