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Libye: les autorités de Tripoli jettent l'éponge, la voie est libre pour Sarraj

Le Libyen Fayed el-Sarraj, le 3 avril 2016 à Tripoli.
© MAHMUD TURKIA / AFP

Les autorités libyennes non reconnues de Tripoli ont annoncé, mardi 5 avril 2016, qu'elles s'effaçaient pour permettre au gouvernement d'union nationale de Fayez el-Sarraj, arrivé dans la capitale mercredi dernier, de s'installer. Soutenu par les Nations unies, ce gouvernement a récemment reçu le soutien de la Banque centrale, de la compagnie nationale pétrolière, de municipalités et du Parlement de Tripoli.

L'émissaire de l'ONU Martin Kobler tentait, ces derniers jours à Tripoli, de convaincre ses interlocuteurs de laisser la place au gouvernement du Premier ministre désigné Fayez el-Sarraj pour sortir le pays du chaos. Depuis son arrivée dans la capitale, mercredi dernier, la nouvelle équipe restait en effet cantonnée dans une base navale.

« Nous vous informons que nous cessons d'exercer nos fonctions exécutives, présidentielles et ministérielles », a finalement annoncé le gouvernement non reconnu siégeant à Tripoli dont il avait pris le contrôle en 2014, dans un communiqué publié sur le site de son ministère de la Justice. « Au vu des développements politiques à Tripoli », cette décision est motivée par le souhait de « mettre fin à l'effusion de sang et éviter la partition » de la Libye.

Rappelons quece gouvernement de Tripoli, soutenu par une coalition de milices, avait poussé les autorités reconnues par la communauté internationale à s'installer à Tobrouk, plus à l'est sur la côte.

« Les mots doivent être suivis par des actes »

Le gouvernement libyen d'union nationale est issu d'un accord politique signé en décembre par une partie des députés des deux parlements rivaux. Le tout sous l'égide des Nations unies. « De retour d'une intense journée à Tripoli, je vois l'information du gouvernement de Tripoli qui cède le pouvoir », a tweeté l'émissaire de l'ONU dans la soirée de mardi. « Maintenant, les mots doivent être suivis par des actes », ajoute-t-il.


Quelques heures auparavant, Martin Kobler avait réaffirmé son soutien au Premier ministre désigné Fayez el-Sarraj. Leur discussion a porté sur « les moyens d'appuyer l'action » des nouvelles autorités. « Nous voulons montrer le soutien de l'ONU et de la communauté internationale au Premier ministre Sarraj et aux membres du Conseil présidentiel », a déclaré M. Kobler à l'Agence France-Presse.

Les cordons de la bourse

Depuis son arrivée, le gouvernement d'union a reçu le soutien de la Banque centrale, de la compagnie nationale pétrolière, ou encore de municipalités situées dans l'ouest et dans le sud. Le soutien de la Banque centrale était d’une importance capitale parce que cette institution, véritablement nationale, verse le salaire des fonctionnaires, y compris des miliciens affiliés aux deux Parlements jusqu’à maintenant rivaux. Le fait que les miliciens des deux bords soient payés à chaque fin de mois explique en partie pourquoi le conflit s'éternise.

Mais les espoirs de paix renaissent surtout depuis la reconnaissance du gouvernement d’union nationale par le Parlement de Tripoli hier, mardi 5 avril. La semaine dernière encore, il tonnait contre le nouveau gouvernement et le Grand Mufti, un de ses principaux soutiens, parlait de jihad. Le Parlement de Tripoli dit maintenant vouloir mettre fin au bain de sang et éviter la partition du pays.

Les autorités de Tobrouk ont jusqu'ici rejeté ce gouvernement qui, ne voyant pas arriver de vote de confiance du Parlement de Tobrouk, avait dû s'autoproclamer en fonction le 12 mars sur la base du soutien public exprimé par communiqué par une centaine de parlementaires de l'est du pays, sur 198 au total.

Vers une réouverture des ambassades étrangères ?

Lundi, la Tunisie a annoncé la réouverture de son ambassade à Tripoli, fermée en 2014 lorsque la ville est tombée aux mains des milices. « La question du retour de nos ambassades est, évidemment, d'actualité », a assuré mardi le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, au sujet d'une possible réouverture des représentations européennes.

Martin Kober, l'émissaire des Nations Unies, a reçu un accueil chaleureux à Tripoli hier et l’Union africaine, de son côté, a salué un geste « patriotique » qui devrait ramener la paix.

Il reste deux questions à régler : le gouvernement d'union nationale doit encore obtenir la confiance du Parlement de Tobrouk, dans l’est de la Libye.

Et, par ailleurs, le problème du jihadisme reste entier. Le groupe Etat islamique contrôle la ville de Syrte, fief de l’ex-homme fort Mouamar Kadhafi.

 

 


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