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Libye

Libye: malgré la démission de ses ministres, Khalifa Ghweil veut rester

Khalifa Ghweil, photographié à Tripoli le 13 octobre 2015.
© MAHMUD TURKIA / AFP

Khalifa Ghweil, le Premier ministre du Parlement de Tripoli, un gouvernement non reconnu par la communauté internationale, affirme qu'il n'a aucune intention de partir. La veille, son conseil des ministres avait déclaré qu'il cédait le pouvoir au gouvernement d'union nationale installé. La démission surprise ne changera pas forcément la donne à Tripoli.

Le Premier ministre ne veut pas démissionner, contrairement à son conseil des ministres qui a déjà, lui, jeté l’éponge. Cela complique la donne, mais peut-être pas tant que ça, parce que le Parlement de Tripoli n’est plus ce qu’il était. Fajr Libya, la coalition de milices qui le soutenait, a implosé.

Beaucoup de groupes armés, selon les analystes, ont senti le vent tourner depuis l’arrivée à Tripoli du nouveau gouvernement d’union nationale. Son Premier ministre désigné, Fayez el-Sarraj, a obtenu le soutien de la Banque centrale et c’est elle qui verse le salaire des fonctionnaires, y compris des miliciens.

Beaucoup d’entre eux craignent de se voir couper les vivres, une bonne raison de soutenir les nouveaux patrons de la Banque centrale. Pour eux, changer de bord pourrait rapporter gros. Surtout si le gouvernement d’union nationale décide de reprendre le contrôle de la ville de Syrte, actuellement aux mains du groupe Etat islamique, avec le soutien financier de la communauté internationale. Une véritable manne, pour les milices.

Les milices pragmatiques

Et pour Anas El Gomati, le directeur de l'Institut Sadeq de Tripoli, le pouvoir - malgré les déclarations des hommes politiques - est aux mains des milices. « En Libye, il faut regarder au-delà des cercles politiques. Ceux qui tirent les ficelles en coulisse, ce sont les milices. Depuis le début de la guerre civile, Fajr Libya contrôle Tripoli et l’ouest du pays. Cette coalition vient, dans les faits, d’imploser. Beaucoup de milices ont compris qu’elles ne survivront que quelques mois, voire quelques semaines, si elles restent dans le camp du Parlement de Tripoli », estime-t-il.

« Je ne crois pas que ce revirement d’alliance corresponde forcément à un quelconque changement d’idéologie. C’est surtout pour des considérations financières. Certes la Banque centrale, qui a pris fait et cause pour le nouveau gouvernement d’union nationale, risque de ne plus leur verser de salaire, comme elle le faisait jusqu’à maintenant. Mais il ne s’agit pas seulement d’une question de salaires. Les milices veulent gagner en importance et gagner en influence politique. Les milices se battent déjà entre elles pour déterminer qui sera sur la ligne de front – une position qui devrait se révéler très lucrative – en prévision des éventuels affrontements avec le groupe Etat islamique », conclut-il.

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