Présidentielle au Tchad: dépouillement en cours, l’opposition conteste

Des employés procédant au dépouillement des votes dans un bureau de vote à Ndjamena, le 10 avril 2016.
© ISSOUF SANOGO / AFP

Près de six millions d'électeurs étaient appelés à voter au Tchad ce dimanche pour élire un nouveau président. Treize candidats sont en lice, dont le président sortant Idriss Deby qui brigue un cinquième mandat. Cette élection s'est globalement déroulée dans le calme. Toutefois, l'important dispositif de sécurité a été interprété comme une volonté « d'intimidation » et de premières contestations concernant la légalité du scrutin se font entendre.

Dans la capitale, le scrutin s'est plutôt bien déroulé : le matériel électoral était en place à temps. Les électeurs ont voté dans le calme. Et ce malgré quelques dysfonctionnements signalés par endroits.

Parmi ces dysfonctionnements figure notamment la question du statut des électeurs dit « nomades ». Cette catégorie regroupe à la fois les communautés d'éleveurs, amenées à transhumer régulièrement. Mais aussi des citoyens qui n'ont pas la possibilité de voter dans leur lieu d'origine. Leur statut devrait leur permettre de voter dans n'importe quel bureau. Seulement cette question n'a pas été clairement tranchée, et durant le week-end, plusieurs électeurs ont été refoulés tandis que d'autres ont été autorisés à voter.

« C'est très grave, car il y a 520 000 électeurs nomades, c'est quasiment la seconde circonscription après Ndjamena, qui compte environ 850 000 électeurs », s'inquiète une source bien informée. Jointe par RFI, la Céni n'a pas souhaité s'exprimer sur cette question pour le moment. La compilation des résultats provisoires devrait être rendue publique dans deux semaines.

« Illégalité totale »

Pour l'un des candidats, Nouradine Delwa Kassiré Coumakoye, le scrutin de ce dimanche est illégal, car une partie de la société civile, qui siège à la Commission électorale nationale indépendante (Céni), s’est retirée. « La Céni est composée de trois organes : la majorité, l’opposition, la société civile. La vraie société civile. Dès l’instant que la troisième pièce disparaît, la Céni n’existe plus, argue-t-il. Nous sommes sur une voie de l’illégalité totale. Décider de la vie de la nation par manque de la société civile est un grand risque de sécurité nationale pour notre pays. »

Après l’arrestation des leaders de la société civile et des syndicats qui se préparaient à organiser des manifestations contre la candidature du chef de l’Etat à la présidentielle, l’Union des syndicats du Tchad, représentée à la Céni, a annoncé qu’elle se retirait de l’organe chargé des élections, ainsi que tous les autres organes étatiques où elle est représentée.

Le chef de l’Etat Idriss Déby Itno a appelé dimanche au respect du verdict des urnes. « Les élections ne doivent pas être source de crise, source de divisions ou sources de déchirements. A la classe politique d’accepter de la manière la plus sincère et honnête possible les résultats des urnes, le choix du peuple. La vie continue. Ça ne s’arrête pas à une élection », a-t-il déclaré après avoir voté.

Un scrutin sous haute surveillance

La journée de vote s’est déroulée sous haute surveillance. Une vigilance zélée des services de sécurité qui a été interprétée dans les rangs de l’opposition comme de l’intimidation alors qu’il est impossible d’envoyer des SMS et que les connexions internet sont coupées.

Dans la capitale, Ndjamena, en plus des forces de l’ordre présentes dans les bureaux de vote, gendarmes et policiers ont patrouillé toute la journée. « Ce n’est pas très rassurant. Normalement, il devrait y avoir trois ou quatre gendarmes dans chaque bureau de vote en raison de la menace Boko Haram. », commente un électeur d’un bureau de vote du 3e arrondissement.

« Il y a les bérets rouges et autres qui sont sortis et même les hélicoptères qui circulaient et qui occupaient le ciel, témoigne un autre. C’était comme une intimidation, mais on n’est pas intimidés. »

Selon le directeur général de la police nationale, le général Taher Erda, tous les services ont mutualisé leurs moyens pour travailler par secteur. Dimanche soir, des soldats de la garde républicaine patrouillaient en ville et stationnaient sur les principaux ronds-points. Ce qui alimente une psychose qui n’a pas sa raison d’être assurent les autorités.

Nos attentes c'est qu'il y ait la transparence.

Une journée de vote à Ndjamena
11-04-2016 - Par Bineta Diagne

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