Erythrée: un enregistrement de la tuerie d'Asmara diffusé par une radio

Vue aérienne d'Asmara, la capitale de l'Erythrée
© REUTERS/Thomas Mukoya

C'est un document exceptionnel qu'a diffusé la radio érythréenne indépendante Radio Erena : un document audio de la tuerie du 3 avril dans les rues d'Asmara, enregistré par un témoin de la scène sur son téléphone portable. Ce jour-là, des soldats avaient ouvert le feu sur des conscrits du service national qui tentaient de s'échapper de leurs camions, alors que leur convoi traversait la capitale. Des témoins oculaires avaient fait état d'au moins quatre morts et sept blessés. Pendant plusieurs jours, les autorités de ce pays très fermé avaient nié qu'un tel drame avait eu lieu jusqu'à la diffusion de cet enregistrement.

C'était dimanche 3 avril, vers 14h, le long d'un marché très fréquenté d'Asmara. La foule, mais aussi des autobus et des taxis ralentissent la progression d'un convoi militaire d'une quinzaine de camions. A bord : des jeunes recrues du très redouté service national, en route vers un chantier de construction. Plusieurs conscrits profitent du ralentissement : ils sautent et s'enfuient.

Un enregistrement audio de la tuerie du 3 avril diffusé
12-04-2016 - Par Léonard Vincent

Les soldats qui les gardent menacent tandis que la foule s'agite pour protéger les fugitifs. Mais soudain, les soldats ouvrent le feu. On entend des cris. « Gedef ! Gedef ! Arrêtez ! » Le témoin s'éloigne pour se mettre à l'abri, son téléphone toujours allumé.

Pendant plusieurs jours, le gouvernement est resté silencieux, comme à son habitude. C'est la diffusion de cet enregistrement, la semaine dernière par Radio Erena, qui a contraint le puissant ministre de l'Information à réagir.

Selon Yemane Ghebremeskel, deux conscrits ont bel et bien été tués, mais en sautant des camions qui les transportaient. Onze blessés, toujours selon lui, ont été conduits à l'hôpital, après que des soldats ont « stabilisé la situation en tirant en l'air ».

De son côté, le rédacteur en chef de Radio Erena, Biniam Simon, explique à RFI que ce n'est pas la première fois qu'un tel drame se produit, à cet endroit précis. Il y a deux ans, deux recrues du service national auraient déjà été abattues après avoir tenté de s'échapper. Le gouvernement érythréen était resté silencieux.

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