Viols en RCA: critiquée, l'ONU tente de reprendre la main sur les dossiers

Jane Holl Lute, coordinatrice onusienne sur les affaires de viols en RCA (ici le 26 avril 2013).
© PAUL J. RICHARDS / AFP

En Centrafrique, les Nations unies ont nommé une coordonatrice pour améliorer la réponse de l'ONU dans les affaires d'abus sexuels présumés. Cette coordonatrice était en visite à Bangui pendant quelques jours. De son côté, l'ONG Aids-Free World, qui a révélé un certain nombre de cas, demande à ce que l'ONU ne s'occupe plus de ces affaires d'abus sexuels.

Prise de conscience à l'ONU. La coordonatrice chargée d'améliorer la prise en charge des allégations d'abus sexuels a bousculé la Minusca. Une visite éclair pour Jane Holl Lute qui n'a pas caché qu'il y avait des progrès à faire.

« Nous devons rapidement mener des investigations, dit-elle. Nous devons déployer sur le terrain des professionnels entraînés. Des gens qui ont des compétences pour enquêter sur les allégations d'abus sexuels et nous devons surtout travailler plus étroitement avec les pays contributeurs de troupes pour conclure ces enquêtes. »

L'ONU semble décider à prendre le problème à bras-le-corps et à écouter les critiques, notamment en ce qui concerne ses méthodes d'enquêtes. « Cela semble déraisonnable que de multiples agences interrogent tour à tour les victimes, les enfants en particulier. Il faut conduire des entretiens avec précaution. Nous avons appris que l'Unicef et d'autres organisations extérieures ont un protocole pour ces cas, nous devons examiner ces protocoles. Et puis nous devons définir quelles sont les meilleures pratiques ».

Première mesure forte : la Minusca a mis sur pied une équipe qualifiée de « réponse immédiate ». Une équipe qui peut se déployer en 24 h pour enquêter sur des allégations, d'abus sexuels notamment. C'est une première au sein des Nations unies.

L'ONU reste sous le feu des critiques

L’ONG américaine Aids-Free World qui a souvent sonné l’alarme sur les abus sexuels impliquant des casques bleus, notamment en République centrafricaine, exige que les Nations unies se dessaisissent des enquêtes en la matière. Aids-Free World estime que seule une juridiction indépendante pourra faire enquête sur les soldats sous mandat du Conseil de sécurité.

Les Nations unies ne doivent plus interroger les victimes lorsqu’il est question de sexe, d’enfants et de casques bleus. C’est du moins le point de vue de l’ONG Aids-Free World. A ses yeux en effet, l’ONU ne serait ni assez compétente, ni assez indépendante pour recueillir des témoignages débouchant sur des procès aboutissant à des condamnations.

L’ONU a beau jeu d'appeler les victimes à se manifester, comme elle l’a fait encore récemment en République centrafricaine, elle devrait plutôt, selon Aids-Free World, faire appel à des policiers, des procureurs et des juges indépendants.

En République centrafricaine, l’ONU a pourtant formé des enquêteurs pour inviter une centaine de jeunes filles à revenir sur leurs sévices présumés. Paula Donovan, la directrice de Aids-Free World, craint que ces témoignages ne débouchent sur pas grand-chose : « Leur premier objectif est d’interroger ces victimes pour déterminer si leurs plaintes sont fondées. Alors, les 98 filles qui se sont exprimées en République centrafricaine, expliquant qu’elles avaient été agressées sexuellement par des soldats provenant de plusieurs pays, principalement francophones comme le Burundi et le Gabon, seront à nouveau questionnées par… des gens qui n’ont aucune autorité en matière pénale. »

Pour cette ONG, il faut repenser un système qui a trop longtemps permis aux Nations unies d’être à la fois juge et partie.