Angola: le bras de fer des opposants contre la justice se poursuit

Quelques-uns des 17 opposants lors du prononcé du verdict, le 28 mars 2016, à Luanda.
© REUTERS/Herculano Coroado

Les 17 jeunes opposants condamnés à des peines de deux à huit ans de prison et leurs proches continuent de se battre pour leurs droits. Grève de la faim, manifestations réprimées... Face à un pouvoir qui se montre implacable, les options sont minces.

Quelques jours après leur condamnation, les avocats de la défense des 17 jeunes opposants ont émis une demande d’Habeas Corpus pour que les prévenus puissent attendre le verdict de l’appel en liberté. Cette demande est restée sans suite alors que deux tentatives de manifestation de solidarité avec les accusés ont été interdites et réprimées par les autorités angolaises qui ont procédé à l’arrestation de plusieurs dizaines de personnes. Des rassemblements ont également eu lieu à Lisbonne, au Portugal.

Des soutiens se sont exprimés du côté de l’Union européenne dont la sous-commission aux droits de l’homme a demandé la révocation de la sentence des 17 et le respect de leurs droits fondamentaux. Le ministère angolais des Affaires étrangères a réagi en dénonçant des « tentatives d’ingérence » dans les affaires internes.

Des conditions de détention dégradantes

Contactées par le journal portugais Publico (article en portugais), les familles des détenus font état de conditions de détention dégradantes, avec notamment l’absence d’eau courante ou même des moyens d’hygiène élémentaires. Les ONG, dont Amnesty International, s’inquiètent particulièrement de l’état de santé de deux d’entre eux, condamnés à quatre ans et demi de prison : Nuno Dala et Nito Alves. Ce dernier, malade depuis plusieurs semaines, demande à être transféré vers une clinique privée pour être soigné.

Cette demande a été accordée à Nuno Dala. Ce professeur de 31 ans mettra le 15 avril un terme à la grève de la faim qu’il menait depuis 36 jours pour protester contre la confiscation des effets personnels. Il l’a fait savoir par la voix de son avocat Luis Do Nascimento :

« Heureusement, les autorités ont fini par répondre positivement à une grande partie de mes demandes. Pour cette raison, mais aussi à cause des appels répétés de ma famille, de mes collègues, de mes amis, des médecins, etc. J’ai décidé de mettre un terme à ma grève de la faim le 15 avril à minuit.

Enfin, je souhaite remercier tous les Angolais et tous ceux qui de par le monde ont soutenu ma famille d’une manière à une autre, y compris ceux qui l’ont fait de manière anonyme ».

Signé : Nuno Álvaro Dala, le 14 avril 2016 »

Des séquelles définitives

Selon ses proches, la question de l'accès aux comptes bancaires n'est toujours pas réglée. Lors de son interpellation le 20 juin 2015, les policiers ont saisi notamment ses moyens de paiement, ce qui empêchait depuis sa femme et sa fille de dix mois d’accéder à ses comptes bancaires et les privait de moyens de subsistance.

Si les effets diffèrent en fonction des conditions physiques, les médecins fixent aux alentours de 40 jours l’apparition de séquelles définitives. Mais dans le cas de personnes souffrant de diabète, comme Nuno Dala, elles peuvent survenir à partir d’une dizaine de jours.

Trente-six jours, c’est également le temps qu’avait duré la grève de la faim du rappeur Luaty Beirão, condamné à cinq ans et demi de prison. Il protestait contre l’abus de détention préventive avant l’ouverture de ce procès qualifié de « mascarade » par les ONG de défense des droits de l’homme, et de « politique » par l’opposition angolaise. Enfin, 36, c’est aussi le nombre d’années passées par le président José Eduardo dos Santos à la tête du pays.

@CarolValade

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