Congo-Brazzaville: les grands défis du président Sassou

Le président Denis Sassou-Nguesso dans son bureau de vote de Brazzaville, le 20 mars 2016.
© MARCO LONGARI / AFP

Après trente-deux ans cumulés à la tête du pays, le président congolais Denis Sassou-Nguesso doit être investi samedi 16 avril pour un nouveau mandat de cinq ans, en présence d'une dizaine d'homologues du continent. Les défis à relever dans ce pays sont nombreux. Le Congo-Brazzaville est le quatrième producteur d'or noir de l'Afrique subsaharienne, où le PIB par habitant est l'un des plus élevé de la région mais où plus de 50% de la population vit toujours en dessous du seuil de pauvreté.

Le contexte n'est pas favorable : les cours du baril se sont effondrés, les agences de notation ont abaissé la note du pays, et la dette se creuse... Elle pourrait même atteindre 48% du PIB en 2017, selon l'agence de notation américaine Moody's.

Apaiser les tensions, diversifier l'économie, renouveler les dirigeants

Denis Sassou-Nguesso l'a juré pendant sa campagne : l'économie et le social seront au coeur de son action. La lutte contre le chômage d'abord, qui atteint des niveaux endémiques et touche en particulier une jeunesse avide de changement. Autre nécessité : investir dans les infrastructures de base encore mal réparties sur le territoire et renforcer le système de protection sociale presque inexistant.

Pour relever ces défis, estiment les spécialistes, il y a des préalables : d'abord apaiser les tensions politiques, nées de ces élections, diversifier l'économie, très dépendante des hydrocarbures, et enfin renouveler la classe politique dirigeante.

Beaucoup d'observateurs espèrent en effet un gouvernement plus jeune et plus technocratique. Accusé par ses détracteurs d'avoir un mode de fonctionnement « clanique », Denis Sassou-Nguesso ouvrira-t-il le cercle du pouvoir pour faire place à une nouvelle génération ?

En creux, l'enjeu aux yeux des chancelleries occidentales, c'est aussi la préparation de sa succession. En 2021, date prévue pour la prochaine présidentielle, Denis Sassou-Nguesso aura 77 ans.

Les présents et les absents à l'investiture ce samedi

En attendant, le chef de l'Etat doit être investi ce samedi au Palais des Congrès de Brazzaville. La veille au soir, onze chefs d’Etat africains avaient confirmé leur présence. Les pays de l'Union européenne et les Etats-Unis en revanche, qui ont exprimé des doutes sur la crédibilité du scrutin, devraient se faire représenter par leurs seuls ambassadeurs.

Ce n'est pas un boycott. Mais c'est tout de même un revers pour Denis Sassou-Nguesso. Paris et ses voisins expriment ainsi leur désapprobation vis-à-vis du déroulement du scrutin. Dans l'entourage du président, on dit « prendre acte de cette décision », « ni plus, ni moins ». Autres absents notables, Jacob Zuma, qui évoque un problème d'agenda. Idem pour Faustin-Archange Touadéra, le tout nouveau chef de l'Etat centrafricain est attendu au Vatican.

Mais Denis Sassou-Nguesso a tout de même des raisons de se réjouir : Alassane Ouattara, Macky Sall, Alpha Condé, Paul Kagame, Joseph Kabila et Mahamadou Issoufou sont attendus, tout comme - et ce n'est pas rien - l'Angolais Edouardo Dos Santos. Lui qui se déplace très rarement confirme ainsi son retour sur la scène politique congolaise et le soutien implicite qu'il avait apporté à Denis Sassou-Nguesso avant le scrutin. Autre source de satisfaction : la présence du Gabonais Ali Bongo, qui pourrait, lui aussi, affronter des élections mouvementées d'ici la fin de l'année. L'Union africaine sera représentée par le Tchadien Idriss Déby, son président en exercice depuis le 30 janvier dernier. Sont attendues par ailleurs deux personnalités politiques françaises : Jean-Louis Borloo, président de la fondation Energie pour l'Afrique, et l'ancienne ministre de la Francophonie Yamina Benguigui.

Enfin, la Chine et la Russie, qui avaient adressé leurs félicitations au chef de l’Etat après la validation des résultats de la présidentielle, devraient être représentés par un ministre.