Gambie: inquiétude des Nations unies après la mort de l’opposant Sandeng

Entrée de Banjul, capitale de la Gambie.
© Wikimedia

Après le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, qui a appelé la Gambie à mener une enquête approfondie sur la mort, en détention, de l’opposant Solo Sandeng, c’est le Haut Commissaire aux droits de l'homme qui s’est dit, ce lundi 18 avril, « profondément choqué ».

Responsable du parti d’opposition, le Parti démocratrique uni (UDP), Solo Sandeng est mort, la semaine dernière, en Gambie, après son arrestation suite à une manifestation pacifique dans les rues de la capitale gambienne.

Jointe par RFI, Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies, explique que ce climat de violence et d'impunité est particulièrement inquiétant, alors qu'une élection présidentielle est prévue en décembre prochain dans ce pays dirigé par Yayah Jammeh.

« Nous sommes extrêmement choqués de penser que ce leader de l’opposition qui manifestait de manière pacifique dans les rues de Banjul avec d’autres membres de l’opposition et d’autres manifestants, ait pu ainsi décéder dans les mains de l’Etat », a déclaré, à RFI, Cécile Pouilly.

Le Haut-Commissariat des Nations unies a également demandé une enquête « rapide, indépendante et approfondie » afin que soit mis en lumière ce qui s’est passé suite à cette arrestation et comment Solo Sandeng a perdu la vie. L’enquête devra également déterminer quelles sont les personnes responsables de cette mort.

Très inquiète de ce « problème de liberté d’expression, d’opinion, de rassemblement pacifique et également des allégation d’usage excessif de la force », Cécile Pouilly, espère que le gouvernement du président Yahya Jammeh se penchera sur toutes ces questions « très préoccupantes » car, ajoute-t-elle, « c’est d’autant plus important » que le pays rentre dans la période « extrêmement sensible » pré-électorale.

La diaspora gambienne au Sénégal

Au Sénégal voisin, vivent de nombreux Gambiens. Ces dernières années, face à la répression, de nombreux journalistes gambiens ont choisi l'exil au Sénégal. Ils suivent de près la situation dans leur pays et tentent d'informer la population sur les violences en cours en Gambie, via notamment les réseaux sociaux. RFI est allée à leur rencontre.

« Pour le moment, la principale difficulté est de savoir où sont détenus nos parents et de pouvoir les contacter. On ne sait pas s'ils vont être inculpés pour quelque crime que ce soit », dit cette jeune journaliste gambienne, installée à Dakar, qui préfère garder l'anonymat. Des membres de sa famille ont été arrêtés lors des dernières manifestations. En attendant d'avoir de leurs nouvelles, elle informe le monde via les réseaux sociaux.

« Ce qui se passe en Gambie c'est que tous les canaux sont fermés. La seule information qu’ont les Gambiens c’est celle que leur donne le gouvernement. Si la population, à l’intérieur du pays, veut des infos, il faut qu’elle se base sur ceux qui vivent à l’extérieur. Chaque fois qu'il se passe quelque chose, on s'assure que les Gambiens sont informés et que le monde entier est mis au courant », a-t-elle poursuivi.

Exilé au Sénégal depuis quatre ans, le journaliste Aboubacar Seydi Kane a été incarcéré, plusieurs fois, dans son pays d'origine. Son inquiétude : le silence de l'Union africaine et de la Cédeao.

« Nous avons vécu vingt-deux années d'injustice et d'impunité. Ce dont nous avons besoin c'est que le monde dise à Yahya Jammeh de ne pas se présenter aux prochaines élections parce que s'il y va, notre peuple va encore souffrir et il y aura encore des morts », a-t-il déclaré.

A Dakar, plusieurs organisations dont Amnesty International appellent les autorités gambiennes à ouvrir une enquête sur les violences de ces derniers jours. Elles s'attendent à l'arrivée, au Sénégal, de nouveaux exilés gambiens.


■ Le principal parti d'opposition en Gambie indique qu'une cinquantaine de ses membres ont été arrêtés.

Il y a eu deux vagues d’arrestations. Nous avons pu établir, jusqu’à maintenant, que 25 personnes ont été arrêtées lors de la première. Nous avons, en tous les cas, les noms de 25 personnes.

Alhaji Darboe
19-04-2016 - Par RFI

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