Africanews, une nouvelle «voix» médiatique sur le continent africain

Page d'accueil du site d'Africanews. Le traitement numérique de l'information restera au coeur de la stratégie de développement de ce nouveau média basé au Congo-Brazzaville.
© capture d'acran Africanews

La chaîne panafricaine s’est lancée ce mercredi 20 avril depuis Pointe-Noire, au Congo-Brazzaville, pour une diffusion dans 33 pays subsahariens. Cette filiale du groupe Euronews existait depuis janvier sur internet et ambitionne de devenir un média de référence à l’échelle du continent, avec pour devise : l’Afrique par les Africains.

A Pointe-Noire, c’est le grand jour pour la chaîne Africanews, toute habillée en noir et or, dont les premières images sont apparues en fin d’après-midi ce 20 avril. Fait rare : ce média a démarré en janvier dernier comme pure player (existant seulement en ligne) avant de décliner son support télévisé. Elle a ainsi tenu un live-tweet de la conférence de presse du patron du directoire d’Euronews, Michael Peters. Ce dernier est ensuite intervenu en direct en plateau pour répondre aux questions de quelques internautes. Dynamisme, réactivité, connectivité : de ce point de vue, le message est passé.

Même si son siège (provisoire) est à Pointe-Noire, Africanews émettra depuis sa régie finale de Lyon, où se situe le siège d’Euronews, sa grande sœur à 100%. Au démarrage mercredi, plus de sept millions de foyers subsahariens ont dû recevoir les images via deux satellites. La chaîne sera gratuite pendant les six prochains mois, puis basculera en crypté. Elle émettra en anglais et en français. La rédaction, pour le moment pilotée en tandem par deux rédactrices en chef, la Camerounaise Nathalie Wakam et la Ghanéenne Veronica Kwabla, se compose de 90 journalistes de quinze nationalités, équipe renforcée par des correspondants disséminés dans quelque 40 pays.

« Facette positive »

Voilà pour la forme. L’objectif, lui, semble tout entier contenu dans le slogan : « Your voice ». Africanews se veut avant tout panafricaine, établie en Afrique et délivrant une information produite par les Africains : « Nous ne sommes pas venus pour délivrer la bonne parole européenne sur l’Afrique à ces pauvres Africains », clame sans détour Michael Peters, pointant du doigt « les médias internationaux » basés à l’étranger. Parmi les émissions phares : The Morning Call dès 6h le matin, et surtout The Networks, « une grosse émission participative » dont le but est de « mettre des Africains à l’antenne ».

Africanews souhaite promouvoir « une facette positive du continent », explique M. Peters. « L’économie » et « l’esprit entrepreneurial » africains auront une place de choix, tout comme « le sport et la culture ». Mais, ajoute-t-il, « on parlera de tout : de ce qui n’est pas bien et de ce qui est bien » en Afrique. Le continent est vaste, multiple, complexe, bigarré : il faudra « refléter toutes les facettes du continent », reconnaît-il.

« Garanties »

Sur le choix du pays d'accueil, il explique que « le Congo est le seul qui apportait toutes les garanties aux critères du cahier des charges », à savoir « l’indépendance des journalistes, le positionnement géographique central sur le continent, la proximité avec la fibre optique [qui arrive sur le continent par câble transatlantique à Pointe-Noire justement], et une aide non négligeable de l’Etat » pour l’installation du siège, à travers, notamment, un allègement des taxes et des douanes pour l’importation de matériel.

Le futur siège devrait en effet sortir de terre à Brazzaville et s’étendre sur 10 000 m². Il était conditionné par le chef de l’Etat à sa réélection. C’est désormais chose faite, lors d’un scrutin pointé du doigt, notamment en raison du black-out total… des télécommunications pendant la durée de l’élection.

Le traitement de l’information sera « neutre, balancé et impartial », assure Michael Peters, avec une « indépendance totale » vis-à-vis de Lyon comme des autorités locales. « Des assurances nous ont été données au plus haut niveau », confie M. Peters à RFI, parlant de ce sujet « en toute transparence ». Pendant les moments « tendus » des élections, « l’opposition faisait la une du site », insiste-t-il. Sur les journalistes du Monde et de l’AFP molestés devant la maison d’un opposant, « on a fait une énorme breaking news », argumente Michael Peters.

Le patron du directoire affirme n’avoir « reçu aucune pression de qui que ce soit. Le jour où nous recevrons des pressions, je serai le premier à le dire ». Attention, prévient-il enfin, « Africanews n’est pas une chaîne destinée à parler du Congo du matin au soir. C’est une chaîne pancontinentale. Ce n’est ni une chaîne de pouvoir, ni une chaîne d’opposition. »

Quel financement ?

La stratégie de développement se distingue en « quatre grands piliers » : la publicité (« pancontinentale » elle aussi) et la distribution en cryptant la chaîne dans « à peu près » six mois, puis multiplier les partenaires télécoms pour générer des revenus. Troisième pilier : lancer des nouvelles langues et des nouveaux bureaux. Un peu plus tôt, Peters expliquait pourtant à ce sujet qu’« il y a aura des considérations économiques ». Le quatrième pilier est celui de la diversification : à travers Africanews Academy, qui sera missionnée pour former des journalistes, et Africanews Events.

Le président du directoire d’Euronews n’a « pas peur de la concurrence », tout simplement parce que selon lui, il n’y en a pas sur ce créneau. Mais au moment de parler gros sous, la gêne est plus palpable. « On ne communique pas trop sur nos chiffres, nos coûts d’exploitation, pour garder le secret de fabrication pour nous. On s’est donné cinq ans pour équilibrer les comptes », confirme-t-il à RFI. Il est pourtant clair que la question du financement de la chaîne sera cruciale dans un secteur médiatique saturé. Il faudra probablement davantage que quelques cours de journalisme.

Les regards se tournent donc vers le vrai patron - l'argentier - d’Euronews : l’homme d’affaires égyptien Naguib Sawiris, 60 ans, devenu en juillet 2015 l’actionnaire majoritaire à 53% en mettant 35 millions d’euros sur la table. Cette ancienne première fortune africaine est à la tête d’un véritable empire dans le domaine des télécoms. Magnat des médias, mais aussi transi de politique : de confession copte, il est très opposé aux Frères musulmans et n'a pas sa langue dans sa poche. Il a lancé un parti libéral et laïc, les Egyptiens libres, et « sa chaîne de télévision ONTV, écrivait le magazine économique Challenges en 2013, diffuse un show à succès très acide contre les islamistes ». Business, politique et médias, un mélange des genres que même ses frères n’approuvent pas. Et qui ont suscité des interrogations, là encore, sur l’indépendance de l’info dans les chaînes du groupe.

Des roulements de tambour ce 20 avril, bien sûr, et des promesses donc, à commencer par celle de révolutionner l’appréhension et la couverture panafricaine par les Africains de l’actualité continentale. Africanews a cinq ans à partir d’aujourd’hui pour montrer qu’elle échappera au piège du journalisme low-cost et s’installer durablement.

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