Classement du Time: trois Africains parmi les 100 personnes les plus influentes

Le prêtre érythréen Mussie Zerai, qui aide les migrants qui cherchent à rejoindre l'Europe, est l'une des trois personnalités africaines du classement du Time magazine.
© FABRICE COFFRINI / AFP

Comme chaque année, le magazine américain Time vient de publier la liste des 100 personnes les plus influentes dans le monde. Parmi elles, trois Africains, tous issus de la société civile : le docteur Denis Mukwege, qui soigne les femmes victimes de viols dans l'est de la République démocratique du Congo ; la jeune Gambienne Jaha Dukureh, fondatrice d'une association de lutte contre l'excision ; et un prêtre érythréen, Mussie Zerai, qui aide les migrants qui essaient de rejoindre l'Europe.

Le docteur Denis Mukwege est le plus connu des trois. Son travail auprès des femmes victimes de viols dans l'est de la République démocratique du Congo est salué depuis des années dans le monde entier. Il a d'ailleurs reçu l'année dernière le prix Sakharov au Parlement européen pour cet engagement sans faille. Dans le portrait qui accompagne la liste, on peut lire : avec sa voix calme et son sourire, Denis Mukwege est devenu un sanctuaire dans la guerre oubliée qui se joue dans la région.

Le magazine américain a également distingué la jeune Gambienne Jaha Dukureh. Le Time a même choisi de la placer dans la catégorie « Leader ». Celle dans laquelle on croise Barack Obama, François Hollande, Vladimir Poutine, Angela Merkel, les dirigeants chinois, turc et nord-coréen ou encore Christine Lagarde, la directrice du Fonds monétaire internationale.

Jaha Dukureh et la question de l'excision

Il faut noter qu'aucun dirigeant africain ne fait partie de la liste. Les trois personnalités du continent sont toutes issues de la société civile. A l'image donc de Jaha Dukureh. Excisée lorsqu'elle était enfant, elle consacre aujourd'hui toute sa vie à lutter contre ces mutilations. Elle a lancé une pétition l'année dernière sur Internet, obtenu plus de 220 000 signatures... assez pour que le président américain décide de se pencher sur la question.

Le combat de Jaha Dukureh a surtout conduit le chef de l'Etat gambien a annoncer l'interdiction de l'excision dans le pays alors que la pratique était largement répandue. Les trois quarts des femmes étaient concernées mais, depuis quelques mois, ceux qui imposent des mutilations sexuelles risquent jusqu'à trois ans de prison et 1 300 dollars d'amende.

La Gambienne Jaha Dukureh a été distinguée en décembre 2015 par L'Oréal lors de son gala de charité annuel Women of Worth récompensant notamment des femmes qui font avancer la société. © Neilson Barnard / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Mussie Zerai et le drame des migrants

Enfin, le Time magazine a aussi placé dans son classement le prêtre érythréen Mussie Zerai. Ce dernier a fui son pays à l'âge de 17 ans et aujourd'hui, de l'Italie où il est installé, il aide les migrants qui comme lui viennent chercher une vie meilleure en Europe. Mussie Zerai, les passagers des canots connaissent son numéro de téléphone et l'appellent en cas de problème. Le prêtre catholique se charge ensuite de transmettre les coordonnées des bateaux aux garde-côtes pour que les migrants puissent être secourus.

« Quand je reçois un appel de détresse de la mer Méditerranée, depuis 15 ans, je collecte toutes les informations : combien de personnes se trouvent à bord, quelles sont les conditions météo, où se trouve le bateau exactement, témoigne le prêtre. Puis je téléphone aux garde-côtes italiens pour qu'ils viennent les secourir. Mon numéro passe d'une main à l'autre, il circule sur les réseaux sociaux, même sur des radios dans notre langue. Depuis dix ans, mon téléphone est devenu un téléphone public ! Et de conclure : J'essaie de sauver les vies de ces gens, voilà ce que je fais. »

L'urgence en Afrique, ce n'est pas l'argent. Ce sont les droits fondamentaux, la démocratie, la justice. Il faut aller à la racine du problème pour trouver une solution dans les pays de départ. Mais cela ne peut pas être de donner de l'argent à ceux qui sont au pouvoir et qui sont la cause de cet exil. Nous devons changer la situation politique, économique, culturelle.

Mussie Zerai
22-04-2016 - Par Anne Cantener

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