Tchad: les résultats ne «reflètent pas la réalité» selon l'opposition

Un bureau de vote de Ndjamena, lors du premier tour de la présidentielle au Tchad, le 10 avril 2016.
© AFP/ISSOUF SANOGO

Au Tchad, les résultats provisoires donnés par la Commission nationale indépendante donnent le chef de l'Etat sortant, Idriss Deby Itno, vainqueur de l'élection présidentielle avec 61,56% des voix. Mais les résultats ne font pas l'unanimité : l'opposition les conteste en raison de nombreuses fraudes constatées dans le pays.

Le parti du président sortant MPS affiche une grande satisfaction à l'annonce des résultats. Avec 61,56% des voix dès le premier tour, « c'est le fruit d'une stratégie », commente Mahamat Hissein, le porte-parole d'Idriss Déby Itno. Originaire du nord, le chef de l’Etat conforte son assise dans cette partie du pays où il rafle entre 90% et 95% des voix dans 12 régions.

Dénonçant le manque de transparence du scrutin, plusieurs candidats de l'opposition rejettent les résultats annoncés par la Commission électorale. Un doute également exprimé par plusieurs observateurs indépendants. Les résultats de la région de Ouaddaï, par exemple, « ne reflètent pas la réalité », dénoncent ces sources, qui constatent « une discordance entre les résultats affichés sur les procès-verbaux et ceux annoncés par la Céni ».

Mais d'ores et déjà, le Premier ministre tchadien, Albert Pahimi Padacké à exhorter « les uns et les autres à privilégier, le cas échant, les voix de recours constitutionnelles devant les instances compétentes ». Ce dernier a prévenu : « si la contestation par voie légale des résultats provisoires d’une élection est un droit, il n’en demeure pas moins, en revanche, que toute tentative d’atteinte à l’ordre public se heurtera à la rigueur froide de la loi. »

Un recours serait « peine perdue »

Officiellement, les candidats ont 15 jours pour déposer d'éventuels recours auprès du Conseil constitutionnel. Joint par RFI, Laoukein Medar, classé troisième de ce scrutin, n'envisage pas cette option: « C'est peine perdue, ça ne va pas aboutir. » Même son de cloche du côté du chef de l'opposition Saleh Kebzaboh, qui a obtenu 12,80% des voix, et pour qui un recours parait inutile dans la mesure où, estime-t-il, lui et son parti ont été « privés de tout moyens de preuves ». 

« Le scénario qui a été mis en place, principalement dans les régions du nord, consistait à nous priver de ces moyens de preuves et ils sont arrivés à ce résultat, estime M. Kebzaboh. Et donc puisque nous n’avons pas les moyens de démontrer ce que nous disons, qui est pourtant vrai, nous ne voulons pas être ridicules devant le Conseil constitutionnel ». Et d'ajouter : « nous laissons le conseil agir en son âme et conscience et il verra bien que les 61% dont on parle, c’est de la mascarade. »

Gouvernement de salut public

« On attendra de voir ce que le Conseil va dire mais ce qui est certain c’est que les analyses de fond, les déclarations de fond sur le Tchad de demain, nous les réservons pour les résultats qui seront annoncés dans deux semaines », fait savoir Saleh Kebzaboh. Mais il prévient déjà que l'opposition se réserve le droit de recourir, « le cas échéant », à un « gouvernement de salut public. »  

« Nous ne reconnaitrons pas toutes les institutions qui seront issues de cette mascarade électorale et c’est légitime de notre part, soutient le chef de l'opposition. Et je pense qu’il faut aller loin, il faut être cohérent, il faut avoir un discours politique juste et c’est pour cela que nous avons dit que, ce faisant, nous allons constituer un gouvernement de salut public - qui veut bien dire ce qu’il veut dire - le moment venu. »

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