George Clooney remet le prix Aurora à la Burundaise Marguerite Barankitse

Marguerite Barankitse remercie Ruben Vardanyan (à gauche), co-fondateur du prix Aurora, après avoir reçu la récompense des mains de George Clooney, le 24 avril 2016 à Erevan.
© 100 Lives

Marguerite Barankitse est devenue la première lauréate du prix Aurora pour l'éveil de l'humanité. Fondée par trois descendants de rescapés du génocide arménien, cette récompense a été remise à la présidente de l’association Maison Shalom par l’acteur américain George Clooney à Erevan, capitale de l’Arménie. Le 24 avril, Marguerite Barankitse a participé aux commémorations du génocide arménien, peuple qui rend hommage aujourd’hui à son humanisme.

Sous un soleil éclatant, dimanche matin 24 avril, la Burundaise Marguerite Barankitse monte sur la colline qui la mène vers un haut lieu de la capitale de l’Arménie, le mémorial du génocide. Elle s’arrête quelques minutes pour reprendre son souffle et contempler une vue sublime sur la montagne biblique Ararat. Depuis plus d’un siècle, ce symbole appartient à la Turquie et reste l'unique mausolée d'un million et demi de victimes du génocide arménien perpétré par l’Empire Ottoman. Les massacres ont commencé un 24 avril, il y a 101 ans, date officielle de la commémoration.

En costume traditionnel africain, munie d’un œillet rouge, la présidente de l’association Maison Shalom Marguerite Barankitse, âgée de 60 ans, est parmi les premiers à déposer les fleurs devant la flamme éternelle. A ses côtés, l’acteur hollywoodien George Clooney, le chanteur Charles Aznavour, le président arménien Serge Sargisyan. Le musée, situé à quelques pas du mémorial, expose photos et documents historiques attestant des atrocités commises à l'encontre des Arméniens en Turquie, pays qui ne reconnaît toujours pas le génocide. Sont affichés également des témoignages de survivants qui ont été arrachés à une mort, certains par des missionnaires étrangers.

En passant d’une salle à l’autre, les yeux de Marguerite s'embuent de larmes. Elle contemple les visages ravagés des orphelins aux pieds nus, une missionnaire qui leur a sauvé la vie. Des scènes qui trouvent un écho en elle.

Il y a plus de 20 ans, lorsque le Burundi a été déchiré par la violence, soixante-douze de ses amis ont été assassinés devant ses yeux. Tragédie qui l'incite alors à fonder l’organisation humanitaire la Maison Shalom et l’hôpital REMA, qu'elle utilisera pour sauver la vie des milliers d’enfants.

Un prix pour remercier les « Justes »

La Burundaise Marguerite Barankitse n'est pas la seule « Juste » présente ce jour-là. La Pakistanaise Seyda Ghulam Fatima, le prêtre Bernard Kinvi de la République centrafricaine et le médecin américain Tom Catena du Sud-Soudan, finalistes de ce nouveau prix humanitaire Aurora, sont à ses côtés.

Les fondateurs du prix sont trois célébrités de la diaspora arménienne : Ruben Vardanyan, Noubar Afeyan et Vartan Gregorian, descendants de rescapés du génocide arménien. « Nous sommes en vie parce que nos ancêtres ont été sauvés par des personnes courageuses. Ils risquaient leur vie pour donner la chance à d’autres de survivre ». Aujourd’hui ces trois Arméniens, au nom de leur peuple, rendent hommage aux Justes. « Depuis des années, on demande à la Turquie et à la communauté internationale la reconnaissance de ce crime. Aujourd’hui, on ne fait pas que réclamer, on veut aussi donner », affirme Ruben Vardanyan.

Les fondateurs se sont inspirés de l’histoire d'Aurora Mardiganian, seule rescapée de sa famille amenée aux Etats-Unis par des missionnaires et qui a pu raconter au monde entier son histoire dans un livre et un film intitulé Arménie ravagée.

Marguerite Barankitse s'est intéressée au génocide arménien au Rwanda, où en 1994 les Tutsis ont connu le même sort tragique. Dans sa capitale Kigali se trouve le musée où une salle est consacrée au premier génocide du XXe siècle dont les Arméniens sont devenus victimes.

C’est au Rwanda que la présidente de la Maison Shalom, menacée de mort au Burundi, s’était exilée. Depuis un an, son pays est plongé dans la violence. Plusieurs centaines de personnes sont mortes, environ 300 000 ont fui le pays. Maguy, comme l’appellent ses amis, continue à apporter son aide aux réfugiés et orphelins.

Le Burundi sous la menace d'une guerre

Le soir du 24 avril, lors d’une cérémonie grandiose dans la plus grande salle de concert d’Erevan, les images défilent sur l’écran géant et racontent au public son histoire, celle de la femme aux 10 000 enfants sauvés. Elle a eu plusieurs distinctions à travers le monde y compris le Prix des droits de l'homme du gouvernement français.

Cette fois-ci Marguerite reçoit des mains de la star hollywoodienne, George Clooney, ce prix humanitaire Aurora. « Vous êtes un rappel de l'impact que peut avoir une personne même quand elle est confrontée à des persécutions et à une injustice, en apparence insurmontables », a déclaré l’acteur américain qui copréside le jury de neuf membres, composé notamment d’anciens prix Nobel de la paix, Elie Wiesel, Hina Jilani, Leymah Gbowee, Shirin Ebadi. Ce soir-là, ils sont au parterre et applaudissent la Burundaise, sur la scène.

En tant que première lauréate du prix Aurora, elle reçoit un don financier de 100 000 dollars. Un million sera également versé aux organisations ayant inspiré son engagement. Lors de son discours, Marguerite Barankitse a appelé la communauté internationale à agir pour empêcher une nouvelle catastrophe dans son pays.

« Le Burundi est sous la menace d’une nouvelle guerre civile. Ce pays est devenu un enfer pour ses propres enfants. Mais je reste optimiste, car chaque fois que je baisse les bras ce sont eux qui me soutiennent. Quand je prenais l’avion pour Erevan, ils m’ont dit "vas-y maman". Ils ont allumé les bougies. Aurora c’est leur prix, dit-elle avec un sourire généreux, le regard tourné vers ses fondateurs. Vos ancêtres ont connu la violence, mais vous ne la reproduisez pas. Vous avez décidé de reconstruire votre pays. Avec ce prix vous me donnez la force de faire la même chose pour le Burundi et j’espère de pouvoir le transformer un jour en paradis. »

→ À relire : Marguerite Barankitse, la « Maman nationale » du Burundi

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