Pénurie d'eau à Ouagadougou: la capitale soumise à une distribution alternée

Une femme utilise une pompe à eau au Burkina Faso, le 27 mars 2015. (photo d'illustration)
© ISSOUF SANOGO / AFP

Au Burkina Faso, les populations de Ouagadougou sont confrontées depuis plusieurs semaines à une pénurie d'eau. De nombreux ménages passent des jours sans voir la moindre goutte d'eau couler de leur robinet. Une situation qui a poussé le gouvernement à prendre des mesures urgentes pour desservir la ville. En plus de la réhabilitation de certains forages qui avaient été laissés à l'abandon, l'eau sera distribuée de façon alternée dans la ville.

« Le gouvernement a décidé de procéder à une distribution alternée de l'eau sur douze heures dans la capitale afin de faire face au déficit d'approvisionnement en eau potable », a déclaré à la presse le ministre de l'Eau et de l'Assainissement Niouga Ambroise Ouedraogo.

La capitale burkinabè, avec près de deux millions d'habitants, connaît une grave pénurie d'eau depuis plusieurs semaines. Des quartiers peuvent passer trois à cinq jours sans eau. Afin d'y rémedier, le plan de distribution prévoit de diviser Ouagadougou en deux groupes. Chaque zone sera approvisionnée pendant douze heures soit de 0h à 12h ou de 12h à 24h.

Mais le directeur d'exploitation de l'Office nationale de l'eau prévient que les ménages situés dans un même groupe ne seront pas servis au moment même. En fonction de leur situation géographique par rapport aux différents réservoirs, certains ménages recevront l'eau plus tard que d'autres. « Tout le monde sera servi pendant la période, mais pas avec la même célérité » précise Lassina Sanou.

Faire des provisions

La nationale de l'eau ne disposant que d'une vingtaine de réservoir dans la capitale l'office nationale de l'eau et l'assainissement invite les populations de toutes les zones concernées à faire des provisions pendant les périodes de disponibilité de l'eau. Avec ce nouveau programme de desserte, les quartiers qui étaient jusque-là épargnés de la pénurie, connaitront désormais des coupures.

« Pour une question d'équité, nous entendons distribuer le peu de ressource disponible à tout le monde jusqu'à la normalisation de la situation » souligne Hamado Ouedraogo, le directeur général de l'ONEA.

En plus de ce nouveau programme de desserte de la capitale, Une cinquante de forages réhabilités viendront en renfort dans certains quartiers où la pénurie est beaucoup plus ressentie.

Fortes chaleurs et croissance démographique

La pénurie d'eau, qui a débuté en 2013, s'est accentuée, notamment en raison des fortes chaleurs exceptionnelles que le pays enregistre cette année, a expliqué Hamado Ouedraogo le directeur général de l'Office national de l'eau et l'assainissement (ONEA), la société chargée de produire et distribuer l'eau dans le pays.

« Nous avions actuellement une capacité de production sur nos deux stations de 156 000 m3/jour pour une demande en cette période chaude estimée à 184 000. Le déficit est donc de 28 000 m3. Ça c’est en temps normal. La semaine dernière, ce déficit nous l’avions estimé autour de 70 000, compte tenu d’un certain nombre de perturbations intervenues sur notre réseau de distribution mais aussi à cause de la forte poussée de la chaleur », a expliqué Hamado Ouedraogo.

Autre raison : celle de la poussée démographique. « La capacité de production avait été dimensionnée pour l’horizon 2015 pour un taux d’accroissement de la population de 4,3%. La capacité est là mais l’accroissement de la population, au lieu de 4,3, est allée plus vite, à 6%. On a donc beaucoup plus de demande que ce qui a été projeté. Compte tenu du déficit, nous avons donc décidé de passer à une distribution alternée », a conclu le directeur général de l’ONEA.

Outre la distribution alternée de l'eau, l'ONEA a pris des « mesures d'urgence » consistant en la réhabilitation de forages publics dans la ville de Ouagadougou. Le gouvernement compte également augmenter les capacités de production du barrage de Ziga, principale source d'approvisionnement de la capitale en eau potable située à une trentaine de kilomètres au nord.

Il est urgent aujourd’hui de s’organiser avec l’ensemble des acteurs de telle sorte que ce que nous sommes en train de connaître ne se reproduise jamais. Nous n’avons jamais été invités par le gouvernement autour d’une table. Nous l’apprenons comme tout le monde. Je pense que c’est ça qui nous laisse quelque chose dans la gorge.
Pierre Nacoulma
03-05-2016 - Par RFI