Tunisie: l'Etat signe un accord de «réconciliation» avec un gendre de Ben Ali

L'un des gendres du président déchu Ben Ali, Slim Chiboub, à sa sortie de prison le12 janvier 2016.
© MOHAMED KHALIL / AFP

Slim Chiboub, un gendre de l’ex-président tunisien Ben Ali, demande officiellement la « réconciliation » avec l'Etat. Les deux parties viennent de signer un accord sous la houlette de l'IVD, l'Instance Vérité et Dignité, chargée de mettre en œuvre la justice transitionnelle. C'est le premier accord du genre entre l'Etat et une personne impliquée dans des crimes sous l'ancien régime. Slim Chiboub se dit prêt à reconnaître « certaines responsabilités » du passé. Avec cet accord « d'arbitrage et de réconciliation », il s'engage à divulguer toutes les informations en sa possession en matière de corruption ou de malversations.

Cet homme d'affaires, gendre de Ben Ali, est poursuivi pour « trafic d'influence ». Après plus de quatre ans d'exil, Slim Chiboub rentre en Tunisie en 2014. A son retour, il passe quatorze mois en détention provisoire avant d'être libéré en janvier dernier.

Depuis, Slim Chiboub négocie les termes d'un arbitrage avec l'IVD, l'Instance Vérité et Dignité, qui opère ici comme un arbitre. Pour l'instant, il ne s'agit que d'un accord de « principe » entre l'homme d'affaires et l'Etat. Mais avec cet arrangement, les poursuites judiciaires sont suspendues jusqu'à ce que l'IVD statue sur le dossier. Cela devrait être réglé dans les trois mois, selon un membre de l'instance.

Ce dossier inaugure donc un nouveau mécanisme d'arbitrage, mais des dizaines de cas similaires seraient en attente. Avec ce dossier médiatique, l'instance de justice transitionnelle - souvent critiquée - veut montrer qu'elle est « capable de mener à bien ses affaires » et qu'il est inutile d'instaurer des mécanismes parallèles. Dans son viseur, le projet de loi de « réconciliation économique » élaboré par la présidence de la République. Un projet polémique :  depuis des mois, l'IVD demande son abandon.

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Cette annonce est donc une première. Une bonne nouvelle, mais accueillie avec prudence par Amine Ghali, le président de l'Institut de recherche Kawakibi à Tunis, spécialiste des questions de justice de la transition. « Il y a toujours plein d’interrogations : pourquoi l’Etat s’est toujours opposé à se porter comme deuxième partie dans ces conflits-là ces dix ou douze derniers mois et là il accepte avec Slim Chiboub qui n’est pas l’un des moindres symboles de la période précédente de corruption et de malversation ? S'inquiète-t-il. Est-ce qu’il y a la recherche médiatique pour convaincre d’autres accusés de corruption et de malversations ? Est-ce que ce n’est pas seulement une manœuvre de Slim Chiboub pour suspendre les procédures judiciaires ? Voilà il y a encore plein de questions sans réponses. »

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