Lutte contre Boko Haram: comment la coopération militaire a fonctionné

Des militaires nigérians se préparent à une patrouille nocturne dans la forêt de Sambisa, fief de Boko Haram en avril 2014.
© Ben Shemang / RFI

Depuis 2015, les efforts militaires du Nigeria et de ses alliés de la région dans leur lutte contre Boko Haram commencent à porter leurs fruits. Affaibli, le groupe terroriste recule depuis plusieurs mois mais constitue toujours une forte menace. Il sévit depuis 2009 dans le nord-est du Nigeria, a causé la mort d'au moins 20 000 personnes selon la Banque mondiale et ses attaques visent aussi les régions frontalières au Cameroun, Tchad et Niger. Le mode opératoire a également muté.

Sans doute un peu vite, le président Muhammadu Buhari affirmait en décembre 2015 avoir « techniquement gagné » la guerre contre Boko Haram. Depuis son arrivée au pouvoir, les jihadistes nigérians ont en effet reculé. Mais les observateurs, comme l’International Crisis Group dans son rapport de mai, appellent à ne pas crier victoire trop tôt.

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Militairement, face à la pression de l'armée nigériane au sol et dans les airs, ajoutée à celle des forces nigériennes, tchadiennes et camerounaises aux frontières, Boko Haram ne semble plus en capacité de mener des offensives coordonnées d'envergure, mais continue de multiplier les opérations kamikazes très meurtrières, y compris dans les pays frontaliers.

Pour autant, ces attaques suicides frappent moins les capitales : la dernière à Abuja remonte à octobre 2015 et à juin 2015 pour Ndjamena. Le risque de l’attentat suicide semble mieux maîtrisé, même s'il toujours par essence très difficile à appréhender. De plus en plus de femmes kamikazes sont appréhendées ou interpellées avant qu’elles ne passent à l’action. Les enfants sont également régulièrement porteurs de bombes.

Dans notre index sur le terrorisme en 2014, nous avons recensé 6700 tués par Boko Haram contre 6000 pour le groupe EI sur la même période. Depuis, Boko Haram s'est fait encore plus meurtrier. Il a tué, lors du massacre de Baga au Tchad en 2011, environ 2000 personnes. C'est sans doute l'attaque la plus meurtrière depuis le 11-Septembre. Boko Haram a de plus en plus recours aux attentats à la bombe, menés le plus souvent par des enfants kamikazes [...] En moyenne, une attaque de Boko Haram tue 19 personnes, chez l'EI c'est 4 tués par attaques

Selon l'Institute for Economics and Peace, Boko Haram tue plus que le groupe Etat islamique
14-05-2016 - Par Nicolas Champeaux

Recul sur les terrains militaires et communicationnels

Selon une source militaire française dans la région, le groupe aurait perdu 70% de ses territoires depuis 2015. L'insurrection disparait progressivement des Etats d'Adama, Yobe et Gombe où elle était active depuis 2011 pour se cantonner de plus en plus au nord-est de l'Etat de Borno, contrôlant encore trois des 27 gouvernorats.

Les jihadistes conservent néanmoins une base permanente dans leur réduit de la forêt de Sambisa et une forte présence le long des frontières du Cameroun, du Niger ainsi que dans les îles du Lac Tchad.

Sur le front de la propagande, Boko Haram, qui annonçait son allégeance au groupe irakien Etat islamique en mars 2015, semble aussi marquer le pas: ses communiqués photos et vidéos sur internet sont moins nombreux. L’année 2016 marque donc un tournant, mais de source militaire française, « il faut au moins dix ans pour venir à bout d'une insurrection ».

Une meilleure communication des armées

La coopération bilatérale a fait la différence sur le terrain. Le rapprochement diplomatique entre le Cameroun et le Nigeria depuis l’accession à la présidence de Muhammadu Buhari, il y a un an, a par exemple aidé les armées à faire reculer Boko Haram.

Cette coopération s’est renforcée dans un premier temps par le biais d’une meilleure communication entre les troupes nigérianes et camerounaises de part et d’autre de la frontière. L’artillerie camerounaise a ensuite été mobilisée pour appuyer des opérations menées par l’armée nigériane à proximité de la frontière avec le Cameroun.
Une autre étape a été franchie depuis : les soldats camerounais ont mené plus d’une demi-douzaine d’offensives en territoire nigérian ces derniers mois. Les opérations «Arrow» en février ont ainsi permis de chasser les insurgés islamistes de Goché et Kumché, elles ont mobilisé pas moins de mille soldats camerounais avec en première ligne les éléments du bataillon d’intervention rapide, l’unité d’élite.

« La force mixte multinationale nous donne un mandat pour agir, mais c’est surtout au niveau bilatéral et au niveau des forces spéciales que l’on fait la différence sur le terrain », explique une source militaire camerounaise qui n’attend pas grand-chose du sommet d’aujourd’hui. La partie n’est pas pour autant gagnée. Des cellules dormantes subsistent, et il y a le risque d’attentat suicide.

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