Migrants: la Commission européenne collabore-t-elle avec des pays répressifs?

Des migrants en provenance de l'Erythrée et du Soudan près de la ville de Calais, le 4 septembre 2014.
© Reuters/Pascal Rossignol

L'hebdomadaire allemand Der Spiegel et la télévision publique ARD ont déclenché une polémique vendredi dernier : selon eux, le 23 mars, les pays européens se seraient entendus discrètement pour que l'Allemagne fournisse du matériel de sécurité aux garde-frontières soudanais et pour la construction, au Soudan, de centres de rétention pour les migrants. Des informations catégoriquement démenties par la Commission européenne mais qui révèlent le problème de la coopération européenne avec des pays répressifs.

Interrogé par RFI, un porte-parole de la Commission européenne nie en bloc les informations du Spiegel et de l'ARD. Selon l'UE, un projet de coopération avec le Soudan existe bel et bien, mais il sera mis en œuvre exclusivement par des organisations internationales et des ONG, et non par le gouvernement soudanais.
Cette coopération est inscrite dans le cadre du « Processus de Khartoum », un mécanisme associant l'Europe et les pays d'origine et de destination des migrants en Afrique. Parmi ceux-ci, des pays autoritaires comme l'Erythrée et le Soudan.

Pour la députée européenne Marie-Christine Vergiat, que l'Europe garde la maîtrise de ses projets dans ces pays ne change rien au problème : « On a beaucoup de mal à avoir des informations sur la concrétisation de ces accords avec le Soudan ou avec l’Erythrée. J’ai récemment interrogé la Commission sur l’Erythrée, on m’a dit : secret diplomatique. »

Le calvaire des Erythréens

En attendant, sur le terrain, la pression sur les migrants s'intensifie. De plus en plus de fugitifs érythréens sont désormais renvoyés par le Soudan dans le pays qu'ils ont fui, comme l'explique la journaliste érythréenne Meron Estefanos : « Le 3 mai, 133 Erythréens qui voyageaient vers la Libye ont été arrêtés par des soldats soudanais et renvoyés en prison à Khartoum. Il n'y avait aucune menace de les voir renvoyés en Erythrée. Les familles pensaient qu'ils allaient être libérés après quelques semaines, comme d'habitude. Malheureusement, tard dans la nuit, il y a 2 jours, ils ont été renvoyés en Erythrée et sont désormais détenus dans la prison de la ville frontière, Tesseney. »

La journaliste raconte enfin que d'anciens fugitifs qui, après leur sortie de prison, ont réussi de nouveau à s'échapper du pays, et font état de conditions de détention très éprouvantes dans la prison de Tesseney.