Contre le radicalisme, le soufisme à l'école et la roqia interdite en Algérie

A Mostaganem, en Algérie, des représentants de l'islam soufie du monde entier se sont réunis pour lancer une Union mondiale soufi afin de combattre le radicalisme religieux.
© RFI/Leila Beratto

En Algérie, le congrès mondial soufi qui se tient à Mostaganem s'est achevé ce vendredi 20 mai. Les participants, des théologiens du monde entier, ont décidé de créer une union mondiale soufie pour lutter contre le radicalisme. Entre autres solutions : les programmes scolaires et éducatifs doivent être la base de l'enseignement de la tolérance. Et l'Algérie, qui assurera la présidence de cette union, a annoncé que ses imams auront désormais l'interdiction de pratiquer la roqia, cette cérémonie religieuse d'exorcisme.

Inclure des poèmes soufis dans les livres scolaires, être attentif à la formation des enseignants... Voilàdes mesures qui pourraient aider les confréries soufies à faire entendre leur message.

Pour Denis Grill, professeur d'université français, les Etats doivent veiller à la formation spirituelle des enseignants afin qu'ils transmettent correctement les principes religieux aux plus jeunes. « Il y a un minimum. A travers le hadith, on peut transmettre aux enfants l’amour d’Allah, du prophète, les vertus, mais pour cela, il faut les connaître. D’où la formation des enseignants. »

Faire travailler ensemble Etat et leaders religieux pour l'éducation, c'est ce qu'a fait le Tchad. Abdoulaye Amar Imrane, de la confrérie tidjania témoigne : « Au Tchad, nous avons l’expérience des enfants de Zaouyas (écoles coraniques) abandonnés dans la rue, et ce sont des bombes à retardement. Donc, il faut trouver une solution. Il existe la prise en charge de ces Zaouyas, revoir leurs programmes et les booster par des programmes conçus par l’Etat. »

Au-delà de l'éducation, dans leur lutte contre la violence, contre le terrorisme, les confréries doivent faire face à la pauvreté et la précarité. Un combat qu'elles ne peuvent pas mener seules.

Interdiction de la roqia

Dans cette lutte contre le radicalisme, l'Algérie veut se positionner comme représentante d'un islam pacifique. C'est dans ce sens que le ministre des Affaires religieuses a annoncé que les imams algériens, qui sont des fonctionnaires, ont désormais l'interdiction de pratiquer la roqia, ni dans les mosquées, ni dans les écoles coraniques. La roqia est une cérémonie religieuse d'exorcisme, destinée aux malades qui ne guérissent pas, mais ceux qui la pratiquent sont parfois accusés de mise en danger de la vie d'autrui ou d'agression.

Dans la presse algérienne, des chercheurs en sciences islamiques saluent une décision positive selon eux, mais qui risquent de déplaire aux imams proches du salafisme, favorables à cette pratique.

Du côté du syndicat des imams, on regrette une telle mesure. Un représentant explique : « C'est une pratique efficace pour notre société, il vaudrait mieux sanctionner ceux qui abusent de leurs clients ».

Le ministre des Affaires religieuses a précisé que la roqia n'était pas une profession homologuée. Une manière de dénoncer ceux qui se font payer très cher, et qui se déplacent à l'étranger, pour pratiquer de telles cérémonies. Cette mesure est une nouvelle étape dans la recherche de la régulation de la pratique religieuse, menée par le ministre algérien des Affaires religieuses depuis 2 ans.

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