Tunisie: le nouveau visage d’Ennahda

Le leader d'Ennahda, Rached Ghannouchi, avec des militantes de son parti en octobre 2014.
© AFP PHOTO / FETHI BELAID

Le dixième congrès du parti islamiste tunisien s'ouvre ce vendredi 20 mai dans l'après-midi avec comme principale réforme annoncée la séparation entre ses activités politiques et de prédication, ce qui doit faire d'Ennahda un parti civil comme les autres. Une étape majeure dans l'histoire de la formation qui veut à tout prix changer son image et élargir sa base.

La formation islamiste, première force à l'Assemblée nationale et qui participe à l'actuel gouvernement au côté du parti « laïc » Nidaa Tounes veut officialiser la séparation entre ses activités politiques et religieuses. Concrètement, les fondations de bienfaisance et de prédication qui font la base de ce mouvement depuis sa création ne pourront plus être liées à l'organisation du parti. Ces associations ne pourront plus bénéficier de subsides du parti, ni utiliser ses logos et ses slogans.

D'après les dirigeants d'Ennahda, cette séparation doit permettre au parti de se consacrer à l’action politique à moins d'un an des premières élections locales depuis la révolution. Ce sera en mars 2017.

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Ce tournant sera soumis au vote des militants. Les dirigeants insistent : « C'est un changement dans la continuité et on n'abandonne pas le référentiel islamique ». Mais il s'agit – au moins en apparence – de se démarquer de la filiation originelle avec la confrérie des Frères musulmans et surtout avec la mouvance salafiste-jihadiste en Tunisie. En faire un parti ouvert à tous les Tunisiens, qui en majorité refusent l'amalgame religion-politique. Un message aussi aux milieux d'affaires dont Ennahda veut susciter la confiance.

Des motions discutées préconisent également de rajeunir et de féminiser le parti. Pour l'heure, c'est un homme de 74 ans, Rached Ghannouchi, le président de toujours du parti qui devrait être reconduit lors d'un vote prévu au début du congrès.