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Erythrée

L'Erythrée célèbre les 25 ans de son indépendance

Vue aérienne d'Asmara, la capitale de l'Erythrée
© REUTERS/Thomas Mukoya

L'Erythrée fête, ce mardi 24 mai, les 25 ans de son indépendance. Le 24 mai 1991, les rebelles éthiopiens prenaient la capitale Addis Abeba tandis que dans la capitale de l'Erythrée, qui était encore une province, leurs frères érythréens chassaient les dernières troupes du dictateur Mengistu. Deux ans plus tard, un référendum en Erythrée entérinait une indépendance chèrement acquise, après 30 ans de guérilla. Aujourd'hui, la situation à Asmara est bien différente. Des célébrations sont bien sûr prévues pour marquer « le jubilée d'argent » du petit pays de la Corne de l'Afrique mais l'exode massif des jeunes Erythréens, depuis plusieurs années, pèsera lourd sur les cérémonies.

Les couleurs nationales seront partout à Asmara, ce mardi. On les verra aux fenêtres des immeubles art-déco et sur les palmiers de la majestueuse avenue de la Libération où les tanks des rebelles indépendantistes ont défilé dans leur capitale enfin libérée, voici 25 ans, mettant en fuite l'armée éthiopienne.

Pourtant, pour beaucoup, le cœur ne sera pas à la fête. Le contrôle de la société est total et les prisons sont pleines. Environ un quart de la population a pris la fuite ces dernières années. Les fils et les filles de l'indépendance s'échappent par centaines, chaque mois, du service militaire à durée indéfinie institué par le régime pour, dit-on, contrer une nouvelle attaque éthiopienne imminente.

A l'oppression politique s'ajoute donc le désespoir d'une jeunesse qui n'en peut plus de se sacrifier pour un projet auquel elle ne croit pas. Mais malgré les pressions inégales de la communauté internationale, le président Issayas Afeworki n'en démord pas.

Aujourd'hui, le discours de l'ancien chef de guerre, devenu chef de l'Etat, devrait une fois de plus se focaliser sur ses leitmotivs, à savoir le complot international visant à faire dérailler le projet érythréen, l'indispensable mobilisation permanente des citoyens et les accomplissements spectaculaires de son gouvernement dans un contexte d'une extrême hostilité.

Premier pourvoyeur de réfugiés en Afrique

L’actuel régime, dirigé d’une main de fer par l’ancien rebelle, Issayas Afeworki, a conduit l’Erythrée à l'isolation et a finalement déçu toute une génération. L'Erythrée est en effet le premier pourvoyeur de réfugiés en Afrique.

Tout avait pourtant bien commencé. En 1991, l'Erythrée pouvait compter sur une population enthousiaste, sur une diaspora heureuse de participer à l'aventure nationale et sur la bienveillance de la communauté internationale.

Pourtant, le pays était en ruine avec des infrastructures détruites, des deuils dans toutes les familles et une économie désorganisée par 30 ans de guerre. Cependant, l'ancien marxiste-léniniste Issayas Afeworki inspirait l'espoir. Il optait, officiellement, pour une forme de socialisme à l'érythréenne.

Très vite toutefois, les contentieux avec l'Ethiopie se sont multipliés portant sur la monnaie, sur l'accès à la mer ou encore sur le tracé de la frontière. Les deux pays se sont alors lancés à corps perdu dans une guerre désastreuse, en 1998, qui a tué plus de 80 000 soldats. Une guerre qui s’est terminée, en fin de compte, par un différend jamais soldé. En effet, quelques villages érythréens sont encore occupés, à ce jour, par l'Ethiopie, en violation du droit international.

C'est le prétexte utilisé par le président Issayas pour fondre sur ses opposants. En septembre 2001, des purges massives ont fermé le pays à double-tour. De plus en plus paranoïaque, Issayas Afeworki s’est replié sur un carré de fidèles, a transformé le pays en caserne et soutenu les menées subversives des guérillas de la région.

Dirigeant seul un pays qui se vide de sa population, il est aujourd'hui à la tête d'un des derniers Etats parias de la planète.

« Un sentiment mitigé »

Le 24 mai 1991, les rebelles érythréens entraient dans leur capitale libérée, arrachant ainsi l'indépendance à l'Ethiopie, après 30 ans de guérilla. Parmi ces rebelles, figurait Bereket Teweldemehdin qui était un cadre du Front populaire de libération de l'Erythrée (FPLE). Depuis un camp de réfugiés en Ouganda où il se trouve aujourd'hui en exil, il revient, pour RFI, sur son entrée triomphale dans Asmara et ses sentiments, mitigés, en cette journée historique de l'histoire de son pays.

« J'avais, pour ma part, un sentiment mitigé. Alors que nous entrions dans Asmara, tout le monde était tellement heureux que personne ne voulait entendre un autre son de cloche. Moi, je connaissais le problème du FPLE. La plupart des combattants ne comprenaient pas et ne connaissaient même pas leurs chefs. Moi, je savais. Je suis surtout désolé pour tous ceux qui ne connaissaient pas leur gouvernement, qui ont cru qu'ils pouvaient parler haut et fort, qu'ils avaient une liberté d'expression, et qui, aujourd'hui, pourrissent dans les prisons d'Erythrée. Aujourd'hui, personne ne soutient le gouvernement sauf, peut-être, ceux qui ont un intérêt financier. Les autres, tous les autres, ont tout simplement peur parce que si on dit quoi que ce soit qui déplaît au président Issayas, on finit directement en prison », a-t-il confié.

« Un jour inoubliable »

Aujourd’hui, en Erythrée, le temps n’est plus à l’euphorie. Pourtant, la libération d’Asmara reste, dans la mémoire érythréenne, comme un jour inoubliable. RFI est revenue sur cette folle journée en compagnie d’anciens combattants de la rébellion.

Tout le monde, tous les combattants étaient très heureux.
Le 24 mai 1991 à Asmara
23-05-2016 - Par Léonard Vincent

 

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