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Tchad

Tchad: que s'est-il passé dans l'affaire des militaires «disparus-réapparus»?

Soldats tchadiens devant le tribunal de Ndjamena (image d’archive).
© Thomas SAMSON/Gamma-Rapho via Getty Images

L'affaire des militaires, gendarmes et policiers disparus après le scrutin présidentiel d'avril suscite toujours de nombreuses interrogations. Disparus, déplacés parce qu'ils n'auraient pas voté le 9 avril pour Idriss Déby Itno, selon l’opposition, qui s’est saisie du dossier. Les défenseurs des droits de l'homme enquêtent toujours. Le gouvernement a déclaré que tous ces soi-disant disparus sont vivants, sont ou étaient en mission. Un dossier que le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian avait évoqué avec Idriss Déby dans les premiers jours de mai.

« Après le vote du 9 avril, j'ai effectué une mission dans le Nord... On est de retour depuis une huitaine ». Ce militaire qui parle fait partie de ceux qu'on appelle à Ndjamena les « disparus-réapparus ». A-t-il été arrêté après le scrutin présidentiel ? « Non, pas une arrestation en tant que telle », affirme-t-il, avant de préciser : « Vous savez, nous sommes militaires ».

A la question: peut-on parler de mise à l'écart dans le Grand Nord ? Sa réponse est un point final à toute conversation: « Monsieur, on ne peut pas parler de ça par téléphone ». D'après le travail d'enquête mené par des associations de droits de l'homme, qui ont recueilli des témoignages directs et indirects, les militaires disparus étaient divisés en trois groupes.

Le premier groupe de 48 personnes, qui aurait transité par le bureau de renseignement militaire dans la capitale, aurait été conduit à Wour, dans le Tibesti. Le 21 avril, 4 militaires sur les 48 disparus sont présentés à la télé. L'un des quatre a témoigné auprès d'une association et a affirmé qu'ils ont été contraints d'effectuer ce passage télé. Le 10 mai, un groupe de 5 réapparaît à Ndjamena, puis le 17 mai, le reste des 48.

Les témoignages recoupés évoquent des sévices, des humiliations et des privations de nourriture. Quant aux deux autres groupes de disparus, on évoque la prison de Koro Toro, au sud de Faya-Largeau, et un lieu de détention à Ndjamena.

Une enquête ouverte

Cette affaire fait du bruit à Ndjamena même s'il est difficile d'en connaitre les contours exacts. Il y a comme une chape de plomb qui entoure le sujet. Nous sommes face à la Grande Muette, l'armée. Certes, une enquête a été ouverte par le procureur de la République.

Contacté par RFI, Alghassim Kamis se veut très rassurant : l'enquête avance très bien affirme-t-il, précisant que l’état-major lui a présenté, dans son bureau, 13 militaires, tous bien debout et vivants. « C'est une preuve de vie et de leur liberté », déclare le procureur qui s'étonne qu'aucune plainte individuelle ne soit déposée, ni d'une association des droits de l'homme ni d'une famille.

Ce mardi, trois opposants ont été convoqués à la police judiciaire, Joseph Djimrangar, Mahamat Ahmat Alhabo et Brice Mbaïmon. Ils ont été entendus comme témoins, car ces trois leaders évoquent publiquement l'affaire. Ils ont été sommés d'apporter des preuves et devaient signer ce mercredi matin leurs dépositions.

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