Procès du génocide rwandais à Paris: Ngenzi, un opportuniste qui a laissé faire

Les églises ont été des lieux de massacres lors du génocide de 1994 au Rwanda: ici l'église de Ntarama à Kigali.
© Lane Montgomery/Getty

En France, le procès de deux présumés génocidaires rwandais se poursuit devant les Assises de Paris, où comparaissent deux anciens bourgmestres de la ville de Kabarondo. Hier, mardi 31 mai, un témoin clé est apparu à la barre. Il s'agit du curé de la paroisse où des centaines de tutsis ont été massacrés en 1994.

Avec notre envoyé spécial aux assises de Paris, Franck Alexandre

Oreste Incimatata n’oubliera jamais ce 13 avril 1994. Ce jour où les militaires ont cerné son église dans laquelle s’étaient réfugiés des centaines de Tutsis. Hommes, femmes, enfants, vieillards seront massacrés dans ce lieu sacré qui au Rwanda fut longtemps considéré comme un refuge inviolable.

L’abbé Incimatata ne doit sa survie qu’à la vénalité d’un militaire qui a accepté de lui laisser la vie sauve contre un peu d’argent. Pourtant à Kabarondo la situation aurait pu être différente car pendant plusieurs jours la commune a résisté au génocidaire, le bourgmestre en poste en 1994, Octavien Ngenzi. Il est aujourd’hui là, dans le box des accusés.

Octavien Ngenzi, un opportuniste qui a laissé faire

Octavien Ngenzi prônait la pacification et l’abbé Oreste Incimatata avait confiance en lui. C’était un chic type et il le dit aux jurés. Mais l’homme a sa part d’ombre. Intelligent et opportuniste, il choisit son camp en fonction des avantages qu’il peut en tirer. Ngenzi a été attentiste jusqu’à la fin, dit le prêtre. Il a fini par accepter la décision de la majorité. Il s’est rallié à la thèse génocidaire et a laissé faire.

Octavien Ngenzi et son co-inculpé, Tito Barahira, qui l'a précédé à la charge de bourgmestre, comparaissent depuis le début du mois devant les Assises de Paris. Le procès devrait durer huit semaines.