Attaque de Boko Haram à Bosso: le Tchad envoie des troupes au Niger

Photo prise le 25 mai 2015 à Bosso (sud-est du Niger). Quelque 50 000 personnes ont fui la ville lors de l'attaque menée vendredi 3 juin par Boko Haram, a estimé le HCR, le 7 juin 2016.
© ISSOUF SANOGO / AFP

Après l'attaque meurtrière menée par Boko Haram vendredi 3 juin à Bosso, le président Issoufou s'est rendu mardi 7 juin à Ndjamena pour solliciter l'aide du Tchad. La réaction d'Idriss Déby ne s'est pas fait attendre, des troupes tchadiennes ont fait route vers le lac Tchad et ces troupes sont déjà arrivées à Bosso.

La jonction entre les soldats nigériens et tchadiens s'est faite vers 17h heure locale, selon une information de notre correspondant. Toute la journée de mardi et ce mercredi, les hélicoptères de l'armée nigérienne ont survolé Diffa et Bosso, pour sécuriser la zone, rassurer les populations et préparer cette jonction.

Les troupes au sol, stationnées à quelques kilomètres de Bosso, se sont repositionnées dans la localité mardi soir et ont donc accueilli les premiers éléments tchadiens, tandis que le gros des troupes est encore en route.

Selon une source sécuritaire tchadienne, ce sont en tout quelques 2000 soldats qui sont mobilisés pour « traquer partout les Boko Haram », des militaires lourdement équipés, qui disposent notamment de blindés, de lance-roquettes et de véhicules tout-terrain surmontés de mitrailleuses 12/7.

Mardi, après son entretien avec le président nigérien Mahamadou Issoufou, le chef de l'Etat tchadien Idriss Déby, tout en déplorant que la force mixte des pays riverains du lac Tchad ne soit pas assez opérationnelle, avait promis une action rapide aux côtés du Niger. « Puisque Boko Haram agit avec ses moyens, nous allons agir avec nos moyens. Et nous serons en mesure, je pense, de protéger au moins nos populations », avait-il déclaré. De son côté, le ministre de la Défense du Niger avait promis de « laver l'affront » après l'attaque meurtrière de vendredi dernier 3 juin.

Une fois de plus, le Tchad à la pointe de la lutte

Les militaires tchadiens mobilisés connaissent bien la zone du lac Tchad et ont été à plusieurs reprises le fer de lance des offensives contre Boko Haram, en particulier en 2015. En janvier 2015, les militaires tchadiens étaient d'abord intervenus dans l'Extrême Nord du Cameroun, à la demande du président Biya. Le mois suivant, c'est justement depuis la région de Bosso, au Niger, que les forces tchadiennes mènent des actions contre Boko Haram au Nigeria, dans leur fief de l'état de Borno, et infligent de lourdes pertes aux insurgés.

Les militaires tchadiens ont donc l'habitude de collaborer avec leurs homologues nigériens. C'est d'ailleurs ensemble que les deux forces lancent en mars 2015 depuis le Niger une vaste offensive dans la zone frontalière, côté Nigeria. Une opération qui leur permet de reprendre plusieurs villes nigérianes alors occupées par Boko Haram, comme Damasak, où les militaires découvrent un charnier, puis Malam Fatori, située juste en face de Bosso.

Durant cette période, plusieurs attaques des insurgés sur Bosso sont d'ailleurs repoussées. Aujourd'hui, la force mixe des pays du lac Tchad censée lutter contre Boko Haram n'étant toujours pas opérationnelle, plus d'un an après sa création, c'est à nouveau au Tchad que le Niger fait appel.

50 000 déplacés

Toutefois sur le terrain, des groupes de Boko Haram continuent de semer la panique. Dans la nuit de mercredi à jeudi, par exemple, des scènes de pillages ont été signalées dans la ville de Kabelawa, non loin d'un très grand camp abritant des déplacés internes. Du coup, les habitants des environs continuent de fuir. Au total, les Nations unies parlent de 50 000 déplacés, dont au moins 10 000 qui sont déjà arrivés dans la ville de Diffa.

A Diffa, l'électricité et les réseaux internet étaient coupés ce mercredi. Sur place, c'est le donc système D : certaines personnes sont hébergées dans leurs familles, d'autres, s'installent là où elles le peuvent. Il n'y a pas d'abri pour les recevoir pour le moment. Ces gens sont partis les mains vides et ils manquent de tout et notamment d'eau et de nourriture. Les humanitaires appellent à une aide urgente, « sinon, alerte Médecins sans frontières, il y aura beaucoup de morts de faim et de soif ».

C’est une situation extrêmement difficile, de détresse (…) et pour certaines de ces populations, c’est aussi la troisième fois qu’elles sont déplacées.

De nombreux déplacés sur les routes après l'attaque de Bosso
09-06-2016 - Par Laetitia Bezain

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