Italie: audition de l'Erythréen arrêté au Soudan

Les policiers italiens sont accompagnés d'un homme identifié par eux comme un trafiquant, mais qui ne serait qu'un migrant. Palerme, 8 juin 2016.
© Italian Police Department/Handout via REUTERS

Un jeune érythréen a été arrêté lundi au Soudan, puis extradé aussitôt vers l'Italie. Il est accusé d'être Medhanie Merid, le chef de l'un des plus importants réseaux de trafiquants de migrants. Mais depuis sa présentation à la presse, il est apparu que l'homme arrêté ne serait tout simplement pas la bonne personne. Vous avez peut-être entendu sa soeur témoigner de son innocence sur l'antenne de RFI ce jeudi, et depuis des dizaines de témoignages corroborent le fait que l'homme détenu par les Italiens est un garçon sans histoire, qui a été confondu avec le vrai trafiquant. L'affaire est désormais entre les mains de la justice italienne.

Le jeune homme a été entendu par un juge ce matin dans la prison de Rebibbia, en banlieue de Rome, pour une audience préliminaire. Il est désormais assisté par un avocat et répète ce qu'il dit aux policiers italiens depuis son arrestation au Soudan : il s'appelle Medhanie Tesfamariam. Il vivait à Khartoum, sans emploi, depuis mars 2015.

Selon son avocat, le juge a renvoyé sa demande de liberté provisoire à la semaine prochaine devant un juge de Palerme, qui instruit son affaire. Il est donc maintenu en détention. « Il n'est pas l'homme que le Soudan, le Royaume-Uni ou l'Italie recherchent parce qu'il n'est ni un passeur, ni un trafiquant d'êtres humains. Il a démenti toutes ces accusations aujourd'hui, a déclaré Michele Calantropo l'avocat du jeune érythréen arrêté. L'Agence nationale contre le crime britannique et la police soudanaise confirment que l'homme qu'ils recherchent est ce monsieur Medhanie qui a été arrêté. Donc nous sommes en train de rassembler des preuves pour démontrer qu'il n'est pas la personne que le procureur de la République de Palerme recherche. Aujourd'hui monsieur Medhanie a répondu à toutes les questions que le procureur de la République lui a posées. Et étant donné qu'il n'est pas certain de son identité, je ne pense pas qu'il soit correct de le maintenir en détention. J'ai donc demandé au juge de libérer mon client. C'est un autre juge qui décidera la semaine prochaine de cette demande de libération. »

Etrangement, le juge n'a pas statué clairement sur son identité réelle. Pourtant, un réfugié érythréen, qui connaît bien le trafiquant Medhanie Merid pour avoir été l'une de ses victimes, a bien confirmé à RFI que le jeune homme présenté par la police italienne n'était pas le criminel recherché par les polices européennes.

Mais selon de bonnes sources en Italie, des écoutes téléphoniques compromettantes seraient des éléments à charge contre le jeune homme, ainsi que sa page Facebook. Or celle-ci montre surtout qu'il est fan du footballeur Lionel Messi. « Le téléphone qui a été récupéré lors de son arrestation à Khartoum, au Soudan est en train d'être analysé. Monsieur Medhanie a dit qu'il a passé deux appels au mois de mai. Mais l'appel qui a été intercepté et dans lequel on entend une voix qui parle de trafic vient d'un autre numéro qui n'a jamais été celui de mon client. Les derniers appels passés avec son numéro de téléphone sont ceux passés à sa cousine qui vit en Libye. Je rappelle que monsieur Médhanie a fui l'Erythrée et a ensuite été arrêté au Soudan. Donc nous n'avons aucune idée de qui a interprété ces écoutes et qui a dit que les voix étaient les mêmes. Peut-être que ça venait du Soudan ou de l'Erythrée. Nous ne savons pas non plus quelles technologies ont été utilisées pour parvenir à cette affirmation. Mais jusqu'à présent mon client n'a pas pu avoir accès à ces écoutes », a poursuivi l'avocat du jeune homme.

Face à l'avalanche de témoignages disculpant le jeune homme, la justice italienne reste donc prudente. Elle continue de faire confiance à l'enquête menée par les polices britannique et soudanaise, qui ont conduit à son arrestation rocambolesque.

Re(écouter) le témoigne de la soeur de l'Erythréen extradé vers l'Italie: Soudan: le «trafiquant» extradé vers l’Italie n’est pas la bonne personne

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