Nigeria: la montée d'un discours de haine envers les Peuls dans l'Etat de Benue

Des femmes et des enfants font la queue pour de l'eau après des affrontement entre bergers peuls et fermiers, à Agatu-Obagaji, dans l'Etat de Benue, le 10 mai 2016.
© EMMANUEL AREWA / AFP

Toute cette semaine, RFI propose une série de reportages dans l'Etat de Benue, le Nigeria rural, au centre-est du pays, où un drame se déroule quasiment à huis clos. Avec comme toile de fond, le changement climatique dans le nord qui oblige les bergers et troupeaux à descendre de plus en plus dans le sud à la recherche de pâturages. Une forte poussée démographique, des têtes de bétail de plus en plus nombreuses. Le tout conjugué à de moins en moins d'espaces disponibles à partager entre fermiers et bergers. Résultat : depuis trois ans, plusieurs milliers de morts dans cet Etat avec un cycle répété d'attaques et de représailles indistinctes.

Markudi, capitale de l'Etat de Benue. Le Mouvement contre l'occupation des sols par les Peuls (Mafo) se fait entendre sur un des marchés de la ville. Aujourd'hui, les militants distribuent des tracts sur un marché. Sur ce prospectus, les points clefs d'un projet de loi pour réguler la présence des bergers peuls dans l'Etat de Benue.

Le révérend Sam Abiah est un des animateurs du groupe.« Non, non, non, jamais, jamais, jamais. Nous ne sommes pas contre les Peuls, assure-t-il. Nous sommes contre les Peuls terroristes, les Peuls envahisseurs, les Peuls meurtriers. Pas contre les Peuls en général. Moi j'aime les Peuls, j'ai des amis peuls. Même aujourd'hui, des Peuls sont chez moi. »

Loin de l'agitation de la ville, Mbakorkaa Awase vit à dans le district de Buruku, à une cinquantaine de kilomètres de Markudi. Il vit au cœur des tensions entre fermiers et bergers.

Lui-même fermier, ce chef traditionnel exprime au passé la parenté à plaisanterie [une pratique sociale typiquement ouest-africaine qui autorise et parfois même oblige des membres d'une même famille ou des membres de certaines ethnies entre elles, à se moquer ou s'insulter, et ce sans conséquence, NDLR] entre son peuple, les Tivs et les Peuls. « Quand le vêtement d'un Tiv était troué par le feu, un Peul pouvait juste venir et lui demandait de l'enlever, que ce n'était plus son vêtement. Le Tiv aussitôt s'exécutait et le lui remettait. C'était une de nos plaisanteries. Mais à notre grande surprise, ces temps-ci, nous avons des problèmes avec les Peuls », explique-t-il.

Dans l'Etat de Benue se joue une nouvelle version de l'opposition séculaire entre peuple sédentaire et peuple nomade. Loin des regards des élites politiques, économiques et médiatiques.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.