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Éthiopie ONG

Selon Human Rights Watch, la répression des Oromos a fait des centaines de morts

Sur cette photo prise le 15 décembre 2015, un attroupement s'est formé autour du corps d'un manifestant oromo, à Wolenkemi, à une soixante de kilomètres d'Addis Abeba.
© AFP

Human Rights Watch publie ce jeudi 16 juin un rapport sur la répression meurtrière des manifestations d'étudiants qui se déroulent régulièrement en Ethiopie, dans la région de l'Oromia, depuis le mois de novembre. Selon l’organisation de défense des droits de l’homme, 400 personnes ont été tuées. Les étudiants protestaient contre un plan d'extension urbaine de la capitale Addis Abeba, qui aurait eu pour conséquence l'expropriation de fermiers oromos et, disaient-ils, une restriction plus importante des droits de cette communauté.

Ce rapport, basé sur des dizaines de témoignages, fait état de « dizaines de milliers d’arrestations ». Il détaille notamment les brutalités commises par les forces de sécurité contre les Oromos, non seulement pour disperser les manifestations, mais aussi contre les manifestants arrêtés.

Lire l'enquête de Human Rights Watch en ligne

Felix Horne est l'un des rédacteurs de cette enquête de Human Rights Watch. « Les conditions de détention de ceux qui ont été arrêtés sont plutôt horribles. Nous avons entendu de nombreuses personnes qui ont été détenues sur de courtes périodes, deux ou trois jours, dans des commissariats de police. La plupart ont été giflés, frappés à coups de pied ou avec les poings. Leurs interrogatoires tournaient surtout autour de la question de savoir qui les soutenait, qui les mobilisait, qui les organisait, rapporte-t-il. Mais nous avons également entendu des gens qui ont été détenus pendant de plus longues périodes, notamment dans des camps militaires, où ils ont été emprisonnés pendant plusieurs mois. Eux, nous ont fourni des descriptions plus graves d'actes de torture : ils étaient pendus par les mollets, des poids étaient attachés à leurs testicules, des choses comme ça, des sévices plus graves. Certains d'entre eux ont été inculpés, mais la grande majorité des gens qui sont toujours en détention ne l'ont pas été. »

L'organisation de défense des droits de l'homme affirme avoir identifié par leurs noms plus de 300 personnes tuées, pour la plupart des étudiants. « Contrairement aux accusations du gouvernement, nous n'avons trouvé aucune preuve indiquant que les manifestants étaient manipulés par ce qu'il appelle des groupes terroristes ou des forces étrangères, qui tentaient de déstabiliser le pays. L'une des choses qui m'ont le plus frappé pendant les entretiens que j'ai menés, c'est que la grande majorité de ces jeunes étaient très attachés à l'idée que leurs manifestations devaient rester non-violentes », ajoute-t-il.

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Mener une enquête indépendante

Pour Félix Horne, la communauté internationale, et notamment les alliés de l'Ethiopie, doivent faire plus pour éviter que ce genre de drames se reproduise. « Le plus important, ce serait d'obtenir une enquête indépendante sur les violences commises par les forces de sécurité. Tous ceux qui se sont rendus coupables d'exactions devraient être sanctionnés, quel que soit leur rang », estime-t-il.

« A l'heure actuelle, plusieurs pays occidentaux répliquent que la Commission éthiopienne des droits de l'homme mène actuellement une enquête sur le sujet. A cette allégation, nous répondons que, par le passé, cette Commission n'a pas vraiment fait la preuve qu'elle était impartiale. D'ailleurs, dans le rapport qu'elle a récemment déposé devant le Parlement, elle estime, bien entendu, que les forces de sécurité n'ont pas fait un usage excessif de la force contre les manifestants. C'est bien la preuve qu'elle n'a pas mené d'investigations crédibles et indépendantes, souligne-t-il. Nous estimons que la communauté internationale devrait faire pression pour obtenir une enquête comportant une dimension internationale. Sans cela, nous pensons que la population oromo ne sera pas satisfaite et il est donc possible que nous voyions resurgir à l'avenir de nouvelles manifestations et de nouveaux problèmes. »

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