Naufrage du «Joola»: non-lieu confirmé par la justice française

Le « Joola » assurait la navette entre Dakar et Ziguinchor. Il a sombré le 26 septembre 2002 au large de la Gambie, constituant l'un des naufrages les plus tragiques au monde..
© AFP PHOTO

Le 26 septembre 2002, le Joola chavirait au large de la Gambie alors qu'il reliait Ziguinchor, au sud du Sénégal, à Dakar. La catastrophe avait fait 1 863 morts et disparus selon le bilan officiel, plus de 2 000 selon les associations de familles de victimes. Seules 65 personnes avaient survécu. Mardi dernier, on vient seulement de l'apprendre par un des avocats des victimes, la cour d'appel de Paris a confirmé le non-lieu que la justice française avait rendu en première instance, en 2014. Une bataille de plus perdue pour les familles.

Au Sénégal, la procédure est enterrée depuis 2003, moment où la justice sénégalaise a conclu à la seule responsabilité du commandant de bord, disparu dans le naufrage.

Les familles des victimes s'étaient alors tournées vers la justice française puisque dix-huit Français font partie des victimes. En août 2003, une information judiciaire est ouverte, en France, pour homicides involontaires. Le navire transportait 1 928 personnes, alors que la capacité d'embarquement était limitée à 536 passagers. Le ferry n'était pas en état de prendre la mer, les secours avaient tardé à arriver.

Il s’agit cependant de la première bataille perdue pour les familles. La justice française écarte, en effet, de la procédure, deux anciens ministres, protégés par leur immunité.

En octobre 2014, deuxième bataille perdue avec la justice française qui rend une ordonnance de non-lieu, au nom d'une jurisprudence. Les avocats font appel et c'est cet appel qui vient d'être rejeté.

Un homme se recueille auprès d'une tombe d'une victime du naufrage du Joola, le 26 septembre 2012. © AFP/Seylou

« Nous irons jusqu'au bout »

Vendredi, les familles ont déposé un pourvoi devant la Cour de cassation.

« Nous poursuivrons la France devant la Cour européenne des droits de l'homme s'il le faut », affirme leur avocat.

« Nous irons jusqu’au bout. On ne peut pas rester dans une impunité pour des motifs d’immunité de juridiction. C’est une addition de manquements graves. Il y a des normes internationales en matière de navigation. Ils ne peuvent pas rester impunis. On ne pas considérer qu’on peut armer un bateau en multipliant par dix sa capacité ; ne pas respecter la moindre des réglementations internationales en matière de sécurité et dire ensuite : eh bien, écoutez, c’est la faute à pas de chance. Ce n’est admissible », a déclaré, à RFI, Maître Etienne Rosenthal, avocat de l'Association des familles des victimes.

Il ajoute, par ailleurs, que pour qu’il y ait, un jour, un procès, il faudrait que la Cour de cassation revoie sa jurisprudence et « casse l’arrêt de la chambre de l’instruction de la cour d’appel » qui a été rendu la semaine dernière. Si la Cour de cassation confirme cet arrêt, le seul procès qu’il y aura « ce sera à Strasbourg » et « ce sera contre la France », a-t-il précisé.

De son côté, Nassardine Aïdara, un des représentants des familles regrette que le chemin soit si long.

« Dans un drame où il y a autant de victimes, j'ai honte que justice ne puisse pas être rendue soit pour des questions de procédure, soit par absence de volonté politique », a-t-il déclaré à RFI.

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