Médecins sans frontières au chevet des réfugiés érythréens en Ethiopie

Des réfugiés érythréens montent dans un bus pour s'installer dans le camp de réfugiés d'Hitsats au nord de l'Ethiopie.
© © UNHCR/K.GebreEgziabher

A l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés, ce lundi 20 juin 2016, focus sur le rôle de Médecins sans frontières auprès des réfugiés érythréens. L'ONG vient en aide à plusieurs dizaines de milliers d'entre eux, dans plusieurs camps du nord de l'Ethiopie. Certains sont là depuis des années, et des milliers d'autres arrivent encore chaque mois, fuyant le régime répressif d'Asmara, l'un des plus fermés du monde.

Ils ont traversé la frontière de nuit et sans bagages, pour la plupart. Parmi eux, certains n'ont pas réussi à gagner l'Europe, alors qu'ils ont arpenté une route périlleuse à travers le Soudan, l'Egypte ou la Libye, pour tenter d'y arriver. Certains ont échappé aux trafics humains, organisés par des passeurs violents et sans scrupules.

Parfois, ils ont même vu mourir des compagnons d'infortune. Aussi, rien d'étonnant à ce que l'état psychologique de ces réfugiés érythréens soit fragile. Dans le nord de l'Ethiopie, l'ONG Médecins du monde a donc mis en place un programme de prise en charge psychologique, voire psychiatrique, des réfugiés qui le souhaitent.

Patience et pédagogie sont les mots-clés pour amener ceux qui en ont besoin à consulter. « Certains sont très traumatisés et il faut du temps pour gagner leur confiance avant de pouvoir leur expliquer quelle aide nous offrons et pourquoi. Mais jusqu'ici, cela se passe plutôt bien », explique Oliver Schultz, responsable de MSF en Ethiopie.

« Nous expliquons notre démarche dans les camps, dans les communautés environnantes, ajoute-t-il. Et pour ceux qui ont de véritables troubles psychotiques, nous procurons des soins en milieu ouvert, mais aussi en milieu fermé. Là, nous travaillons très étroitement avec des collègues psychiatres éthiopiens. »

Ce sont les patients qui doivent faire la démarche de solliciter une aide psychologique. Souvent, cela se fait par étapes, d'abord « avec des thérapies de groupe », poursuit Olivier Schultz, « avant de passer à des séances individuelles ». « Parfois même, nous nous contentons d'organiser des cérémonies du café, les gens peuvent simplement y assister, écouter et parfois partager leurs histoires. »

« Ils voient alors s'ils veulent aller un peu plus loin dans la démarche », décrypte le représentant de MSF. Une aide psychologique que l'ONG Médecins sans frontières propose à la fois aux réfugiés érythréens, mais aussi aux populations éthiopiennes qui les accueillent.

Une mère qui avait par moment des réactions très violentes. Elle a un enfant en bas âge, et plusieurs personnes ont pensé que ce serait mieux de séparer l'enfant de sa mère et de le confier à un orphelinat. Mais avec un traitement nous avons pu soigner cette dame et elle vit maintenant avec son enfant dans sa communauté. C'est une issue heureuse et cela permet de démontrer aux yeux de tous les réfugiés ce qui peut être fait, que ces forces "mystérieuses", qui peuvent amener quelqu'un à être violent ou déprimé, peuvent être soignées comme toute autre maladie.

Oliver Schultz
20-06-2016


Erythrée : le cas du service national de 400 000 personnes et des prisonniers politiques

Mardi 21 juin, la commission d'enquête de l'ONU sur l'Erythrée doit présenter son rapport au Conseil des droits de l'homme. Un rapport accablant pour le régime du président Issayas Afewerki. Il a conclu que des dirigeants érythréens se rendent coupables de crimes contre l’humanité contre la population civile depuis 1991. Selon l'ONU, 400 000 personnes sont « réduites en esclavage » à cause du service militaire à durée indéfinie. Une accusation que rejette le ministre érythréen des Affaires étrangères, Osman Saleh :

« Vous savez, ils disent qu'il y a un service militaire à durée indéfinie. Mais ça n'est pas vrai. Beaucoup de jeunes ont été démobilisés, environ 100 000. Ceux qui partent du pays sont ceux qui sont démobilisés. Et le service national n'est pas indéfini. Mais pour une certaine durée, au-delà de dix-huit mois, les jeunes sont gardés à disposition, parce que les Ethiopiens mènent constamment des incursions sur notre territoire. Il nous est indispensable d'avoir ce service national. Les enquêteurs de cette commission ne sont jamais venus en Erythrée...

(RFI) Mais vous ne leur avez pas accordé de visa...

Nous ne leur en donnons pas, parce que c'est un panel qui est constitué de manière partisane, parce que nous participons déjà au processus onusien de l'examen périodique universel, et je pense que nous collaborons bien avec l'ONU et l'Union européenne et c'est suffisant. »

Le ministre érythréen des Affaires étrangères prononce pour la première fois l'expression de « prisonniers politiques » pour qualifier les prisonniers de 2001. Cette année-là, des hommes politiques réformistes, des officiers contestataires au sein de l'armée, la plupart des journalistes indépendants avaient été arrêtés juste après la guerre contre l'Ethiopie. Depuis leur incarceration, ils ont disparu. RFI a demandé au ministre Osman Saleh si ces personnes étaient toujours vivantes.

Ils sont tous vivants. Le gouvernement veille à la sécurité, donc ils sont entre de bonnes mains. Nous avons bien une justice indépendante, mais eux ce sont des prisonniers politiques et c'est le gouvernement qui s'en occupe

Osman Saleh sur les «prisonniers politiques»
20-06-2016 - Par Anthony Lattier

→ Osman Saleh sera l'invité de RFI ce lundi soir.

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