Crimes contre l’humanité en Erythrée: «une situation très sérieuse», dit Mike Smith

La salle du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, à Genève.
© Wikimedia

Le rapport de la Commission d'enquête sur l'Erythrée doit être officiellement présenté ce mardi devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève. Ce rapport, rendu public le 8 juin, accuse les dirigeants érythréens de crimes contre l'humanité, crimes qui auraient lieu dans le pays depuis son indépendance, en 1991. Retour sur ce rapport avec l'ancien ambassadeur australien et président de la Commission d'enquête, Mike Smith qui répond aux questions de Léonard Vincent.

RFI : Pourquoi une résolution forte du Conseil des droits de l'homme pourrait aider à améliorer la situation des droits de l'homme dans le pays ?

Mike Smith : Nous souhaitons certainement l'adoption d'un résolution forte, et d'abord parce qu'une résolution forte devra inclure une demande au Conseil de sécurité de l'ONU de renvoyer l'affaire devant la Cour pénale internationale ; elle devra également demander aux Etats membres d'examiner ce qu'ils peuvent faire individuellement ; et demander à l'Union africaine de voir si elle ne peut pas trouver un tribunal spécial pour faire en sorte que les responsables de ces crimes contre l'humanité rendent des comptes. Nous espérons que toute cette pression aura des conséquences sur le terrain, en Erythrée. Et nous espérons que le gouvernement érythréen reconnaîtra qu'il est tout simplement inacceptable de permettre que ces sortes de crimes continuent d'être commis en 2016.

Quel message vous souhaitez adresser aux ambassadeurs du Conseil des droits de l'homme et du Conseil de sécurité de l'ONU ?

Je dirais d'abord qu'il s'agit d'une situation très sérieuse, que la communauté internationale doit s'en rendre compte et qu'elle doit prendre des mesures en conséquence. Les crimes contre l'humanité, ce n'est pas seulement un Etat faisant des choses qu'il ne devrait pas faire, il s'agit également d'une question de responsabilité individuelle et de sa capacité à rendre des comptes. Parmi nos recommandations, plusieurs répondent à cette question. Nous disons : en Erythrée, il y a des gens qui ont commis des crimes contre l'humanité et ceux-ci doivent être traînés en justice. Pas seulement au nom des milliers de victimes qui ont souffert directement du système en Erythrée, mais pour décourager tous ceux, et pas seulement en Erythrée, mais dans le monde entier, qui sont responsables de ce type d'abus.

Pourquoi la liste des officiels érythréens désignés par l'enquête comme les principaux responsables de ces crimes n'a pas été rendu publique ?

La raison principale tient à notre volonté de respecter les procédures régulières de la justice et de l'équité. Etre accusé de crimes contre l'humanité est très grave. Nous sommes parvenus à rassembler de nombreux témoignages de gens qui ont souffert. Mais nous n'avons pas été en mesure de confronter ces accusations aux personnes accusées, parce que nous n'avons pas été autorisés à entrer en Erythrée. Dans ces conditions, nous avons décidé qu'il était plus approprié de ne pas rendre publique cette liste. Mais nous avons cette liste. Et celle-ci est archivée, avec le reste de nos entretiens, et elle sera rendu accessible si jamais le cas de l'Erythrée était renvoyé devant un tribunal, qui sera en mesure de mener de plus amples investigations.

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