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Afrique du Sud

Afrique du Sud: deux morts dans les violences et les pillages à Pretoria

A Mamelodi, un township de Pretoria, plusieurs commerces ont été pillés et certains brûlés.
© RFI/Alexandra Brangeon

Deux personnes sont mortes dans la nuit de mardi à mercredi lors de violences dans un township de Pretoria. Elles ont été tuées par balle lors de pillages à Mamelodi. Les violences ont éclaté en début de semaine après la nomination contestée d'un candidat du parti au pouvoir pour les élections municipales qui ont lieu dans un mois. Les manifestants accusent l'ANC d'imposer un candidat de l'extérieur et de ne pas les consulter.

Autour du rond-point de Mabena, une dizaine de commerces. Plusieurs d'entre eux ont été pillés et certains brûlés. Un salon de coiffure est ouvert. Molefe y travaille avec sa mère. « Ils disent qu'ils font ça pour protester contre le candidat ANC (Congrès national africain) à la mairie. Mais pour moi ce ne sont pas des manifestations, mais de la criminalité, accuse-t-il. Ils ont visé les commerces étrangers, notamment les Somaliens. Ils ont tout pillé, et brûlé certains magasins. Le feu était tellement grand. »

Sa mère, Jestina, s'estime heureuse, leur commerce a été épargné. « C'est arrivé vers 2h du matin, quelqu'un m'a appelée et m'a dit : "ton magasin est en train de brûler". J'ai dit : quoi ! Je me suis dépêchée pour venir ici. Quand je suis arrivée, il y avait des flammes partout. Et le magasin d'à côté brûlait », raconte-t-elle.

En effet, son voisin Thabo a eu moins de chance. Son magasin de couture a été entièrement brûlé. Les vitres ont explosé sous la chaleur et à l'intérieur, il ne reste plus rien. « Tout a brûlé, mes machines à coudre, les vêtements des clients, des jeans, des blousons en cuir, des robes. Il va falloir que je rembourse tout ça. J'ai tout perdu », se désole-t-il.

Mais ici, rien n’a été volé. « Ils n'ont rien volé chez moi. Parce que je partage l'autre côté du local avec un Pakistanais qui avait un magasin d'alimentation. Et donc je pense qu'ils visaient le Pakistanais et quand ils ont mis le feu à son magasin, ça s’est ensuite propagé chez moi », explique-t-il.

Thabo secoue la tête, dépité. « Je déteste l'ANC, répète-t-il, ce sont des criminels. » Avant d'ajouter qu'aux prochaines élections, il votera pour le parti radical de Julius Malema.

Des bus calcinés à Mamelodi. © RFI/Alexandra Brangeon

L'ANC « corrompue »

A Mamelodi, une demi-douzaine de bus calcinés gisent aussi en travers de la route. Les restes de cette nuit de violence. Autour, des jeunes traînent, ramassent de la ferraille pour la revendre et expriment leur frustration. « Les gens sont en colère contre l’ANC, dit l’un d’eux, nous sommes pauvres, personne ne nous écoute ».

« Moi je ne voterai pas, dit un autre. L’ANC essaye d’imposer son candidat pour se faire de l’argent. »

Un sentiment largement partagé par un groupe de femmes qui discutent un peu plus loin. « Quand ils font campagne, ils ne nous demandent pas à nous, les habitants de Pretoria, ce que nous voulons. Je ne suis personne et je ne vais pas voter, car c’est de la corruption. L’ANC est corrompue, ils sont tous pareils, tous corrompus. Nous élisons des gens, mais nous continuons de souffrir », affirme l’une d’elles.

Pour Bongani, la cinquantaine, l’ANC a fait trop de promesses non tenues depuis des années. « Nous sommes en colère à cause des promesses qu’ils ont faites et qu’ils ne tiennent pas. Le chômage ne cesse d’augmenter, les gens n’ont pas assez à manger, ils n’ont pas de travail, ils sont frustrés. On ne compte pas pour eux », fustige-t-il.

Quand on demande aux habitants du quartier qui a mis le feu au bus, personne ne sait. Mais les jeunes ajoutent : « C’est la seule façon qu’on a pour que gouvernement nous écoute. »

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