Malakal: la défaillance des casques bleus au Soudan du Sud avérée

Une femme recherche ses affaires au milieu des débris calcinés du camp de Malakal, le 26 février 2016.
© Albert Gonzalez Farran/AFP

Deux rapports de l'ONU confirment que les casques bleus n'ont pas pu protéger les civils sud-soudanais lors de l'attaque du camp de déplacés de Malakal en février 2016. Cette attaque avait fait au moins 25 morts et plus d'une centaine de blessés, selon l'ONU. L'organisation est confrontée depuis le début du conflit au Soudan du Sud à une vague de déplacés qui a cherché refuge dans ses bases, renommées « sites de protection des civils ». La Mission des Nations unies au Soudan du Sud héberge aujourd'hui 200 000 civils qui cherchent à échapper aux violences. Mais les querelles ethniques ont, elles aussi, investi les camps, plaçant la mission de l'ONU dans une situation impossible.

Avec notre correspondante à New York, Marie Bourreau

C'est une liste de défaillances à tous les niveaux que dressent les deux rapports d'enquête de l'ONU sur l'attaque de Malakal, visiblement largement préparée. Des soldats portant des uniformes de l'armée sud-soudanaise ont pu rentrer dans le camp qui accueillait, à l'époque 49 000 personnes, et y faire pénétrer des armes très perfectionnées, notamment des grenades et des balles traçantes.

Ils se sont attaqués systématiquement aux installations des ethnies shilluk et nuer, épargnant les Darfouri et les Dinka qui avaient été evacués la veille de l'attaque par camions. L'ONU a transmis ses conclusions au président Salva Kiir, lui demandant de traduire en justice les responsables et de condamner via un message télévisé toute attaque contre les civils sud-soudanais.

Autocritique onusienne

Mais l'organisation a aussi fait son autocritique dans un rapport interne dont quelques éléments ont fuité. Les casques bleus ont tardé à réagir. Certains ont attendu une réponse de leur capitale pour pouvoir intervenir, d'autres se sont dérobés devant la violence de l'attaque. A l'époque, le camp de Malakal était protégé par des troupes onusiennes issues du Rwanda, d'Ethiopie et d'Inde. Le chef des opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous a promis, sans nommer les pays responsables, que des mesures seraient prises, comme le rapatriement de contingents ou de personnels accusés d'avoir failli à leur mandat de protection des civils.

De son côté, l'organisation médicale internationale Médecins sans frontières (MSF) a publié un rapport très critique sur la mission des Nations unies au Soudan du Sud. MSF pointe l'ONU pour ne pas avoir protégé les civils. Selon ce rapport, au moins 25 personnes ont été tuées dans le camp de Malakal en février 2016 et la mission a échoué à les protéger.

Des milliers de Soudanais du Sud restent dans les camps de l'ONU, qui sont censés protéger les personnes déplacées qui ont fui la guerre civile dans le pays. MSF estime que la mission de l'ONU au Soudan du Sud est restée les bras croisés alors qu'elle aurait pu arrêter le massacre :

Les forces des Nations unies sont restées immobiles.
Monica de Castellarnau, chargée des Affaires humanitaires à MSF
23-06-2016 - Par Daniel Finnan