Sanctions américaines contre Kanyama en RDC: les Européens prônent le dialogue

Les policiers qui participent aux pérations «coup de poing» à Kinshasa agissent cagoulés pour ne pas être reconnus. Entre fin 2013 et début 2014, la police a mené une opération baptisée «Likofi» («Coup de poing» en lingala).
© RFI/Habibou Bangré

En République démocratique du Congo (RDC), le général Célestin Kanyama, chef de la police à Kinshasa, accusé d’être impliqué dans des violences contre des civils, a vu ses avoirs gelés aux Etats-Unis. Selon le Trésor américain, le régime du président Joseph Kabila s'est engagé dans un schéma de répression à l'approche de la fin du mandat du président, et ce pour éviter d'organiser les élections. L'Union européenne prône le dialogue plutôt que les sanctions.

La RDC a été sanctionnée par les Etats-Unis à travers le général Célestin Kanyama. Ses avoirs sont désormais gelés aux Etats-Unis et les entreprises américaines n'ont plus le droit de faire des affaires avec lui. Le Trésor américain s'inquiète de la tendance du régime à accentuer la répression et, toujours selon lui, à réduire l'espace de liberté politique. Plusieurs rassemblements et meetings ont notamment été interdits.

Joint par RFI, Sasha Lezhnev, directeur associé à « Enough Project », un groupe de recherche sur les zones conflictuelles en Afrique Centrale, ce coup de semonce des Etats-Unis est une bonne chose.

« Les sanctions contre monsieur Kanyama sont un signe politique fort qui montre que les Etats-Unis veulent que la Constitution congolaise soit respectée et que des avancées concrètes vers une transition démocratique aient lieu en RDC », a-t-il déclaré avant d’ajouter que ces sanctions pourraient avoir des répercussions concrètes.

Indépendamment des biens que le général Célestin Kanyama pourrait avoir aux Etats-Unis « des membres du gouvernement Kabila s’y rendent et y font des affaires. L'économie congolaise repose surtout sur le dollar », a-t-il précisé.

Selon Sasha Lezhnev, d'autres proches du président pourraient être la cible de sanctions si le gouvernement ne prend pas des mesures pour organiser les élections dans les délais. 

« Le but n’est pas de punir, mais véritablement d'encourager les autorités congolaises à prendre des mesures concrètes pour la démocratisation du pays. Monsieur Kanyama a été le premier sanctionné, car il est responsable de violations graves des droits de l'homme à l'égard de manifestants pro-démocratie et d'étudiants à Kinshasa. Mais si le gouvernement ne prend pas des mesures concrètes pour organiser les élections dans le respect des délais constitutionnels, beaucoup d'autres proches du président Kabila pourraient être la cible de sanctions à l'avenir », a expliqué Sasha Lezhnev, directeur associé à "Enough Project".

Pour le gouvernement de la RDC, cette décision est grave, car elle relève « d’une tentative de substitution de la souveraineté du pays », selon Lambert Mendé, porte-parole du gouvernement congolais.

Attitude modérée de l’Union européenne

Si Célestin Kanyama a vu ses avoirs gelés par Washington pour des violences contre des civils, du côté de l'Union européenne on se borne à des résolutions telles que le récent appel du Parlement européen à mettre fin aux massacres à Béni, dans l'est de la RDC.

Jointe par RFI, Maria Arena, eurodéputée et membre de l'Assemblée interparlementaire Union européenne / Afrique, les Européens veulent privilégier le dialogue avec Kinshasa.

« Aujourd’hui, l’Europe tente toujours d’être un partenaire du dialogue et essaie donc de mettre, autour de la table, les interlocuteurs par rapport à l’organisation de ces élections. Si cette voie du dialogue reste fermée indéfiniment, alors la question des sanctions devra être mise sur la table. Au Parlement européen, nous avons donc évoqué la question des sanctions. La réponse qui nous est donnée, par le service d’action extérieure et par le Conseil, est : nous tentons encore de mettre autour de la table les différents interlocuteurs parce que nous pensons que c’est par le dialogue qu’on pourra y arriver », a-t-elle informé.

L’eurodéputée Maria Arena souligne néanmoins qu’il faudrait agir avant qu’il ne soit trop tard.

« Moi, je dis tout simplement qu’il faut qu’on fasse attention parce que c’est ce qu’on avait essayé de faire avec le Burundi et ça a échoué. Donc, attention de ne pas se réveiller trop tard par rapport à ce qui est en train de se passer aujourd’hui au Congo », avise-t-elle.