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ONU RDC Rwanda

[Reportage] RDC: à Buleusa, la difficile attente d'un retour à une vie «normale»

Convoi Fardc et Monusco avec à leur bord les deux généraux congolais et onusien, le 26 juin 2016.
© RFI/Sonia Rolley

Entre 3 000 et 4 000 Hutus se sont réfugiés dans un camp militaire FARDC à Buleusa suite à l’incendie de leurs sites par la communauté Kobo qui les accuse d’être armés et membres des FDLR. Face à ces tensions, la Monusco a déployé des casques bleus sud-africains. En attendant « une solution durable » à ces tensions entre communautés, la vie s’improvise difficilement.

La localité de Buleusa est sous tension. Tous les jours, les membres de la communauté kobo menacent de marcher sur le camp, accusant les déplacés d'être complices des FDLR et de détenir des armes. De leurs côtés, les déplacés hutus accusent deux groupes armés présents dans la zone, les Maï Maï Mazembe et le NDC-Rénové de Guidon d'être derrière les attaques dont ils font l'objet.

Signe de la gravité de la situation : deux généraux étaient à Buleusa ce dimanche 26 juin. Le chef des opérations de la zone de défense côté FARDC, le général congolais Léon Mushale et le chef d'état-major adjoint de la force onusienne, le général français Jean Baillaud. Tous deux ont appelé les autorités civiles et les humanitaires à profiter de l'accalmie pour trouver une solution durable.

« Il n’y a pas d’escarmouche »

« La situation sécuritaire actuellement est relativement calme, il n’y a pas d’escarmouche, mais ça nous empêche pas de rester vigilants et d’empêcher ce qui pourrait se passer dans le futur. Du fait que les communautés sont face à face, les tensions sont inévitables », assure Léon Mushale. Celui-ci explique qu’en attendant l’arrivée des humanitaires et les interventions politiques, l’armée « calme la situation » et permettra à ces derniers de venir lorsque « la situation » sera « stabilisée ».

De son côté, le général Jean Baillaud assure que même si « la situation actuelle est temporairement calmée », celle-ci « nécessite la présence de la Monusco auprès des forces armées de la RDC ». Et d’ajouter : « Mais cette présence dans son état actuel ne doit pas être permanente. Il faut d’abord que les autres acteurs puissent remplir leurs obligations. Nous sommes ici pour faciliter l’arrivée des politiques et des humanitaires. »

Maisons brûlées à Buleusa par les FDLR fin 2015. En fond, le camp des casques bleus sud-africains venus calmer les tensions entre communautés Hutus et Kobos. © RFI/Sonia Rolley

Les déplacés hutus s’improvisent un quotidien dans le camp

En attendant, la vie s’improvise dans le camp. Derrière les cases des militaires congolais, des armatures en bois et quelques feuilles font office de toit. Il est impossible de distinguer une case d'une autre. « Nous sommes très nombreux. Nous souffrons et nous vivons une situation de misère », s’exprime l’un des déplacés. Ce jeune est devenu l'un des responsables des déplacés après la mort de son père. « Nous avons fui les Maï Maï. Ils ont tué nos parents : mon père et le parent du chef de la communauté hutue », explique-t-il.

Depuis quelques mois, les déplacés ne se sentent pas en sécurité. Ils n'osent plus sortir du camp. « Je ne peux pas aller dans le village. Même si j’aimerais bien acheter du sel, j’envoie seulement quelqu’un pour me ramener ça », affirme-t-il. Les déplacés sont « prisonniers », reconnaissent les soldats congolais. Si les déplacés acceptent de quitter le camp militaire pour une autre destination, ils veulent rester dans le territoire de Walikale, « près de nos champs », disent-ils. Des terres dont les Kobos et d'autres communautés ne leur reconnaissent pas la propriété.

Les déplacés hutus se disent eux prisonniers du camp FARDC, sans accès à de l'eau potable, avec la peur de se rendre au village. Partout, des casseroles avec de l'eau à la couleur marron. « Nous préparons la cuisine avec de l’eau sale, car nous n’avons pas d’eau propre. Ou est-ce que nous pouvons puiser ? », s’interroge le jeune Congolais. Ils disent vouloir rester dans le territoire de Walikale, rentrer dans leurs villages d'origine, Buleusa et des localités autour.

A Buleusa, les rebelles avaient déjà brûlé les cases des habitants en novembre dernier. © RFI/Sonia Rolley

La communauté kobo vit dans la peur

De son côté, la communauté kobo assure vivre dans la peur d'une attaque des déplacés hutus ou même des FDLR. Une mère montre une case calcinée. « Ma maison a été brulée par les FDLR. Je n'arrive pas à la reconstruire, j'ai des difficultés financières et ça fait trois mois que je suis rentrée ici », explique-t-elle. Sa maison comme toutes les autres ont été brulées par les rebelles hutus rwandais en représailles d'une attaque des Maï Maï Mazembe et des NDC-rénové de Guidon.

Tous n'ont pas les moyens de reconstruire leur maison faute de revenus à cause des récoltes perdues. Ils réclament le départ des déplacés hutus du territoire de Walikale. Cette mère de famille les accuse d'être responsables de la famine et de ses mauvaises conditions de vie. « Vous pouvez même voir vous n’allez trouver aucun produit champêtre dans ce marché. Ici, personne ne cultive », l’interrompt un jeune homme.

Pour lui aussi, le responsable de tous ces malheurs, ce ne sont pas les groupes armés, mais les Hutus même ceux qui ont toujours habité avec eux. Tous doivent quitter Buleusa. « Certaines personnes ont des armes, on ne sait pas comment se comporter avec elles. Lorsque nous allons nous laisser ensemble, nous allons nous battre. N’importe quel jour, vous viendrez pour les interventions, mais d’autres auront déjà perdu la vie », poursuit le jeune homme. Un vieux de la communauté kobo renchérit : « Ce sont leurs cadavres ou les nôtres. »

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