Cameroun: l'avocate française Lydienne Yen Eyoum libérée

Photo de l'avocate française d'origine camerounaise Lydienne Yen Eyoum prise en 2014.
© AFP PHOTO / YEN-EYOUM FAMILY

Lydienne Yen Eyoum, avocate française d'origine camerounaise, a recouvré la liberté lundi soir 4 juillet, ont fait savoir ses avocats. Arrêtée au Cameroun en janvier 2010 et accusée de détournement de deniers publics, elle avait été condamnée à 25 ans de prison par le Tribunal criminel spécial dans le cadre de l'opération épervier, un programme de lutte contre la corruption qui a encadré l'arrestation de nombreuses personnalités camerounaises.

« Lydienne Yen Eyoum nous a appelés au téléphone avec une voix extraordinairement joyeuse qui contraste avec le malheur qu’elle vit depuis six ans, car le régisseur de la prison venait de lui dire : "venez prendre vos affaires pour sortir"», a déclaré Maître Christian Charrière-Bournazel, un de ses conseils. L'avocate franco-camerounaise est sortie de prison vers 21 heures ce lundi soir.

Elle a passé la nuit à l'ambassade. Le mari de Lydienne Yen Eyoum a pris l'avion pour la rejoindre à Yaoundé. Le sénateur représentant les Français de l'étranger Jean-Yves Leconte lui a rendu plusieurs fois visite en prison. Il salue le courage de la Française : « C’était assez incroyable quand nous allions la visiter en prison de voir l’énergie que cette femme avait, la dignité qu’elle avait alors que les conditions étaient vraiment terribles. C’était plus proche d’un camp de concentration que d’une prison. Ce lieu que je n’oserais même pas qualifier de prison où l’on confond l’infirmerie et la morgue. Je suis très heureux qu’après tout ces efforts, et sa capacité de résistance pendant six ans, que les choses se finissent de cette manière ».

Le président camerounais Paul Biya a annoncé lundi qu'il accordait une remise de peine à Lydienne Yen Eyoum. Arrêtée en janvier 2010, l'avocate avait été condamnée à 25 ans de prison le 26 septembre 2014 par le Tribunal criminel spécial pour le détournement de 1,077 milliard de francs CFA (environ 1,5 million d'euros).

Pour ses avocats français, c'est une libération aussi bienvenue qu'inattendue. Lydienne Yen Eyoum avait en effet épuisé tous ses recours juridiques. Le 9 juin 2015, la Cour suprême, la plus haute juridiction camerounaise, avait confirmé sa peine.

Un dossier diplomatique

A l’époque, ses avocats avaient alors été reçus par le président français François Hollande à l'Elysée pour lui demander d'intercéder auprès de son homologue Paul Biya. Ce qu'il fait quelques jours plus tard lors d’une visite à Yaoundé. « Tous les dossiers ont été mis sur la table, y compris celui-là », avait dit le chef de l'Etat. Juste après, Paul Biya avait répondu : « Je verrai ce que je peux faire. Si la Constitution m'en donne les moyens, je le ferai de bon cœur le moment venu ». Il y a une semaine, André Vallini, le secrétaire d'Etat chargé du développement et de la Francophonie était au Cameroun pour un contrat. Il a évoqué le cas de Lydienne Yen Eyoum.

Cette remise en liberté est donc le résultat de tractations diplomatiques, selon Maître Christian Charrière-Bournazel, un de ses conseils. « Ce que l’on attend depuis des mois et des mois, ce pour quoi nous avons récemment encore été reçus à l’Elysée par Mme Le Gal, la conseillère du président, vient de se réaliser d’une manière tout à fait extraordinaire car on ne savait plus si on devait attendre six mois, un an, deux ans, a-t-il expliqué. Mais nous savions une chose, c’est que le président Hollande avait de manière très ferme demandé à plusieurs reprises à M. Paul Biya de libérer Mme Yen Eyoum. Tout ça se passe à un moment où on se demandait si quelque chose allait sortir de ces contacts, de ces relations. Et d’un seul coup, elle est libre. Nous sommes évidemment profondément heureux pour elle, son mari que nous avons eu au téléphone est lui-même tout à fait heureux. »

Même satisfaction pour son avocate maître Caroline Wasserman pour qui effectivement la pression française a payé : « Le gouvernement de monsieur Hollande n’a pas démérité puisque depuis qu’il est arrivé au pouvoir les choses enclenchées de manière positive, ce qui n’était pas le cas durant le mandat de monsieur Sarkozy qui s’intéressait peu voire pas du tout à ce dossier ». Caroline Wasserman qui assure qu'elle se battra pour que Lydienne Yen Eyoum reprenne son ancienne vie et puisse exercer de nouveau son métier d'avocate et récupérer les biens qui lui avaient été confisqués.

Lydienne Yen Eyoum avait toujours clamé son innocence. Elle a déjà passé plus de six ans détenue à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé.

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