Procès du génocide rwandais à Paris: la défense nie les responsabilités

Le procès de Tito Baharira (dans un fauteuil spécial, à gauche) et Octavien Ngenzi (à droite) s'est ouvert le 10 mai à Paris.
© BENOIT PEYRUCQ / AFP

Place à la défense ce mardi 5 juillet au procès de deux anciens bourgmestres rwandais devant la cour d'assises de Paris. Octavien Ngenzi et Tito Barahira sont accusés d'avoir participé au génocide dans leur village de Kabarondo dans l'est du Rwanda en 1994. Lundi, l'avocat général a requis la prison à vie et a décrit les deux hommes comme des rouages essentiels des massacres. Les intéressés, eux, nient toute participation.

Ce mardi 5 juillet au matin, c'est d'abord l'avocat de Tito Barahira qui a décrit un homme sans responsabilité. Bras croisés sur son pull vert foncé, Tito Barahira est resté quasi-immobile durant les deux heures et demie qu’a duré la plaidoirie de son avocat. Deux heures et demie durant lesquelles maître Philippe Meilhac a, de manière parfois décousue, parlé de son client. Un homme difficile à appréhender, reconnaît l’avocat, qui avoue avoir encore du mal à communiquer avec lui, alors que son procès s’achève.

Tito Barahira ? Un homme fatigué, abattu, malade, fataliste, décrit Philipe Meilhac. Une image qui contraste avec l’opérationnelle machette en main décrite par l’accusation. Une accusation que l’avocat s’est employé à discréditer aux yeux des jurés, en soulignant les témoignages changeants, parfois contradictoires des rescapés des massacres de Karabondo.

« Ces gens ne sont pas des menteurs », affirme l’avocat. Ils ont vécu des choses abominables, mais 22 ans ont passé. Le récit, ils l’ont fait, ils l’ont refait et au bout d’un moment, on ne sait plus. Et Philippe Meilhac de conclure : après huit semaines de ce procès historique, la certitude, c’est qu’il n’y a pas de certitude. « Il existe plus qu’un doute raisonnable sur la culpabilité de mon client ».

L'avocat de Tito Barahira a ensuite laissé sa place à celle d'Octavien Ngenzi, Françoise Mathe, ce mardi après-midi. Une plaidoirie longue de près de six heures. Une heure et demie d’abord en forme de leçon de géopolitique des Grands Lacs et du Rwanda en particulier.

Me Françoise Mathe l’avait dit aux jurés dès le début de son intervention : « Je vais vous dire tout ce que je sais. Cela me laissera peu de temps pour vous parler de moi, de Dieu ou de la Shoah ». Une pique destinée à ses adversaires des parties civiles et à l’avocat général dont les plaidoiries et réquisitions avaient largement fait référence à l’holocauste.

Pendant une heure et demie, l’avocate de l’ancien bourgmestre de Kabarondo a d’abord raconté ce Rwanda, du premier colonisateur allemand à l’indépendance, à la révolution sociale et puis à la guerre civile. Regrettant au passage qu’aucun expert indépendant n’ait été convoqué à l’audience, François Mathe évoque un pays au bord du précipice en avril 1994. Mais il n’y a pas eu de plan concerté avant cela pour commettre un génocide, assure l’avocate. Murmure d’indignation sur le banc des parties civiles.

Et puis pendant quatre longues heures, Françoise Mathe s’est employée à déconstruire le dossier d’accusation contre son client. Elle évoque des témoins peu crédibles et des accusations contradictoires. « Mon client n’est pas un extrémiste », affirme l’avocate qui décrit Octavien Ngenzi comme un homme plutôt pleutre, qui a sans cesse cherché à temporiser. « Il n’a aucun rôle dans l’organisation de cette catastrophe », martèle Me Mathe qui affirme aux jurés de la Cour d’assises : « Vous êtes face à un terrible problème de preuve ».

Ce mercredi 6 juillet, les accusés pourront prendre la parole une dernière fois avant que le jury ne se retire pour délibérer. Le verdict est attendu dans la journée.

Il y avait l'histoire du pays, les origines du génocide que personne ne leur avait expliqué de façon cohérente à mon sens. Il y avait le contexte dans lequel vivent les personnes qui sont les acteurs et les témoins du procès. Et puis il y avait le dossier.
A la cour d'assises de Paris, en marge du procès de deux anciens bourgmestres rwandais
06-07-2016 - Par Raphaël Reynes