Attentat de Nice: le choc dans la ville tunisienne de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel

La maison familiade de Mohamed Lahouaiej-Boulel, à Msaken, en Tunisie, où des proches se sont réunis après l'attentat de Nice.
© REUTERS/Zoubeir Souissi

Le groupe jihadiste Etat Islamique a revendiqué l’attentat qui a fait au moins 84 personnes dont 10 enfants, jeudi soir, à Nice, perpétré par un homme conduisant un camion qui a foncé sur la foule venue assister au feu d'artifice du 14-Juillet. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, le tueur, vivait à Nice et était originaire de Tunisie. Agé de 31 ans, l'homme est décrit par ses voisins, dans la ville de Nice, comme taciturne, violent, ne pratiquant pas de religion et connu des services de police. Chauffeur-livreur, il était en instance de divorce et père de famille. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel était originaire de Msaken, au sud de Sousse. Un village dans lequel s’est rendue RFI.

Là-bas, à Nice, ses anciens voisins le décrivent comme un homme violent, silencieux. Mais dans sa ville d’origine, Msaken, à deux heures de route de Tunis, les proches de Mohamed Lahouaiej-Bouhlelse souviennent plutôt d’un homme « calme ». Dans le quartier, tous évoquent un « homme normal », pas du tout radicalisé, qui ne faisait pas la prière et pratiquait à peine le ramadan.

« Cela ne lui ressemble pas. Il est du genre calme, il est connu des voisins comme quelqu'un de gentil. Je suis sûr à 100 % que ce n'est pas un acte terroriste. Il n'a aucune raison de commettre une telle chose. Il travaille, s'en sort bien, son père gagne aussi sa vie correctement, ils menaient une vie agréable », témoigne Walid, un voisin qui dit connaître l'assaillant de Nice depuis seize ans.

« Je suis restée sans voix »

La question n'est bien sûr plus tellement de savoir si Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a réellement tué plus de 80 personnes, un 14-Juillet à Nice. Mais plutôt de comprendre quelles ont pu être ses motivations profondes, au moment de passer à l'act. Pour cet autre voisin de longue date, Mohamed, le profil jihadiste ne correspond pas à l’image qu’il se faisait du jeune homme.

« Quand j’ai entendu son nom de famille, j’ai été tellement choqué ! Il était calme, ne faisait jamais de bagarres, tout ça. Je le vois comme étant calme », affirme-t-il. Dans ce quartier résidentiel, relativement tranquille de Jabbliyin, à Msaken, les voisins évoquent régulièrement une famille simple et respectée, comme cette dame, qui souhaite rester anonyme :

« Cela m'a choquée ! Cela ne leur ressemble pas. Quand je l'ai appris, je suis restée sans voix. Son père est respecté par la moitié de la ville. Ses sœurs sont rangées, tout va bien. Ils n'ont vraiment pas de problèmes. Mais ce sont peut-être les problèmes avec sa femme qui expliquent son geste. Cela doit faire un an qu'ils ont des problèmes », a-t-elle souligné.

Sa famille n'a rien vu venir

En France, selon le procureur de Paris, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel « n'avait jamais fait l'objet du moindre signalement pour radicalisation », et était effectivement connu des services de police pour des violences conjugales. Sa femme avait d'ailleurs demandé le divorce. Mohamed, son père, rejette lui aussi la radicalisation de son fils mais pas ses penchants violents.

Il met en avant certains déséquilibres psychiatriques. Il n'avait pas vu son fils depuis quatre ans, mais se souvient d'un jeune homme « instable », parfois « violent ». Leur dernier contact remonte à la semaine dernière par téléphone. « Il a passé le bonjour à tout le monde, c’est tout. On n’a rien remarqué d’étrange ou d'irrégulier. On a vu que tout ce qu’il disait était normal. Je ne sais pas comment il a pu commettre cet acte », se demande-t-il.


Nice, la Tunisie et le phénomène jihadiste

Plus de vingt-quatre heures après la tuerie de Nice, le groupe Etat islamique a revendiqué l’attentat en diffusant un communiqué via son agence de presse, Amaq. L’organisation jihadiste présente le terroriste comme l’un de ses « soldats », expliquant qu’il a ainsi répondu à l’appel de l’EI, à savoir frapper les pays de la coalition en Syrie et en Irak.

Mohamed Lahouaiej-Bouhlel était Tunisien, et le contexte tunisien est très fort. Le pays - Sousse en particulier - est le plus touché au monde par le phénomène jihadiste, que ce soit en proportion de sa population ou en nombre de départs. On estime, en effet, entre 4 000 et 6 000 le nombre de Tunisiens partis faire le jihad en Irak ou en Libye, sur une population de 11 millions d’habitants.

Et puis, il y a le contexte de la ville de Nice, également particulier en France, puisque la cité est sans doute la ville française la plus concernée par le phénomène jihadiste. Elle l’est en nombre – mais pas en proportion de sa population –, puisqu’on estime qu’autour de 120 jeunes sont partis de Nice pour rallier la Syrie ou l'Irak.

Une personnalité charismatique y est pour beaucoup, ayant fait d'importants efforts de prédication au jihad dans les quartiers populaires de Nice. Aujourd’hui en Syrie, il existe une brigade - si l'on peut l'appeler ainsi - qui est majoritairement composée de jeunes originaires de la ville de Nice.

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