Comment la France intervient dans le jeu libyen

Un combattant libyen des forces gouvernementales soutenues par l'ONU court dans une maison de Syrte, le 19 juillet 2016.
© REUTERS/Goran Tomasevic

Trois militaires français sont morts dans des circonstances peu claires lors d'une mission en Libye, ont révélé mercredi 20 juillet les autorités françaises, confirmant pour la première fois la présence de forces spéciales françaises dans ce pays.

« La Libye connaît une instabilité dangereuse. C'est à quelques centaines de kilomètres seulement des côtes européennes. Et en ce moment même, nous menons des opérations périlleuses de renseignement » dans ce pays, a déclaré le président François Hollande mercredi 20 juillet.

En Libye, la France cherche à éviter la reconstitution de sanctuaires jihadistes, et espère prévenir des attaques terroristes en Europe depuis le sol libyen. Des missions « périlleuses » au plus près de combats, comme le prouve la disparition en mission de ces trois probales membres du « service action » de la DGSE, les unités de choc des services d'espionnage français. L'hélicoptère libyen, à bord duquel ils avaient pris place, aurait été abattu dimanche par des miliciens jihadistes.

Foyer jihadiste

A ce stade, la Libye n’est pas encore devenue un pôle d’attractions pour les jihadistes français. « On ne voit pas vraiment de flux entre la Syrie et la Libye, ça passe davantage par la Tunisie », confiait récemment à RFI une source militaire française. Les services français n’auraient repéré qu’une dizaine de Français en Libye dans les rangs jihadistes. « Il y a des Maghrébins, quelques Subsahariens mais pas beaucoup de Français », assure notre source.

Mais alors que des cellules de l’Etat islamique (EI) ont été chassées de leur fief de Syrte, l’ONU redoute que ces jihadistes s’installent ailleurs en Libye ou en Afrique du Nord. En France, le renseignement militaire estimait début 2016 à 800 000 le nombre de migrants, en attente pour traverser la Méditerranée. « Déclencher une nouvelle guerre de grande envergure en Libye, aurait des conséquences que nous maitriserions pas, pour les pays voisins et pour l’Europe », assure un officier français.

Former et soutenir les milices contre l’EI

La France, comme les Etats-Unis et d’autres pays européens, a donc décidé de garder un œil sur la Libye. Fin 2015, Paris avait reconnu mener des vols de reconnaissance depuis le porte-avions Charles-de-Gaulle en Méditerranée, depuis la base aérienne de Mont-de-Marsan, mais aussi, selon nos informations, depuis le Tchad. Aujourd’hui, la France est forcée de reconnaître qu’elle a envoyé des unités spéciales en Libye et qu’elles opèrent très près des zones de confrontation. Même si les autorités évoquent une mission qui se limiterait à du « renseignement ».

 → A (RE)LIRE : Libye: la nouvelle guerre qui ne dit pas son nom

Les trois agents morts en « service commandé » sont certainement des membres du service action de la DGSE opérant clandestinement aux côtés des forces du général Khalifa Haftar. La DGSE dispose de commandos spécialisés dans la contre-guérilla, employant des modes d’actions « non conventionnels » . En 2011, la France avait discrètement déployé quelques « conseillers » militaires en Libye auprès du CNT alors en lutte contre le régime du colonel Khadafi. « Nous avons réactivé nos contacts au sein des différentes mouvances libyennes », assure notre interlocuteur. Bien connu des services occidentaux, le général libyen Khalifa Haftar se présente comme le seul véritable « rempart » contre les mouvements jihadistes en Libye.

Un allié controversé

Soutenu par l’Egypte et les Emirats arabes unis, le général Haftar combat l’organisation de l’Etat islamique, mais refuse toujours de rejoindre le gouvernement libyen d’union nationale (GNA).

Le général Haftar est officiellement à la tête de l’« armée nationale libyenne » (Al-jaysh al-watani al-llibi) qui en réalité s’apparente davantage à une grosse milice qu’à une armée équipée et disciplinée. « Ils ont bien quelques MIG et des hélicoptères, mais manquent de munitions. Ils utilisent des bombes bricolées, et doivent descendre très bas pour tirer. Méfiez-vous des communiqués de victoire de la force Haftar, car en réalité elle n’a pas remporté beaucoup de batailles autour de Benghazi », conclut une source militaire française.

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