Nigeria: des négociations entreprises avec les Vengeurs du delta du Niger?

Les Vengeurs du delta du Niger ont commis une série d'attaques dans le sud pétrolier du pays.
© AFP PHOTO / PIUS UTOMI EKPEI

Selon le président nigérian Muhammadu Buhari, des négociations se sont engagées avec les Vengeurs du delta du Niger « par l'intermédiaire des compagnies pétrolières et des agences de sécurité ». Mais de leur côté, les rebelles affirment que c'est faux, et qu'aucun dialogue n’aura lieu tant que des médiateurs internationaux n'auront pas été nommés. Ce groupe, qui est à la tête d'une nouvelle insurrection dans cette région clé pour la production de l'or noir, entend exploiter jusqu'au bout son avantage acquis parla terreur.

Aucune négociation possible sans médiation internationale. C'est en substance le message délivré par les Vengeurs du delta du Niger. Le groupe rebelle dément d'ailleurs participer de près ou de loin à toute discussion. Une façon de rejeter les propositions formulées par le président du Nigeria, de dire qu'un nouveau programme d'amnistie n'est pas et ne sera pas suffisant. Les rebelles semblent se sentir en position de force. Leurs attaques en moins de six mois ont eu un impact sur la baisse de la production du brut nigérian. Elles ont ont mis à mal la sérénité des multinationales du pétrole, les obligeant à réduire la présence de leurs équipes dans le sud du Nigeria.

Conclu il y a un mois par les autorités avec certains groupes d'insurgés, le cessez-le-feu en théorie a expiré. En maintenant une position dure, les Vengeurs veulent faire
monter les enchères. D'autant que les autorités fédérales ont largement adouci leur discours. La récession que traverse la première économie africaine oblige le gouvernement à poursuivre par la voie de négociation. Avec un gros point d'interrogation : la revendication de l'indépendance du Biafra, soutenue par les Vengeurs du delta du Niger, et dont le gouvernement fédéral d'Abuja ne veut absolument pas entendre parler.

Si les Vengeurs du delta du Niger ont récemment gagné en notoriété, après leur série d'attaques dans le sud pétrolier du Nigeria, les tensions ne datent pas d’hier. En 2009, au terme de plusieurs années de violences, le gouvernement nigérian avait négocié un programme d'amnistie avec les rebelles du delta du Niger. Des milliers d'entre eux ont empoché un revenu mensuel de 65 000 nairas (environ 325 euros à l'époque) et entrepris des formations professionnelles. Mais six ans plus tard, quand le président Muhammadu Buhari, fraîchement élu, a annoncé son intention de mettre fin à ce programme d'ici 2018, ça n’a évidemment pas plu à tout le monde. Et les violences ont repris.

Ukoha Ukiwo est le responsable du Programme de réconciliation et de stabilisation du Nigeria, un organisme qui prône la résolution des conflits par la négociation. « La popularité des Vengeurs du delta du Niger n'est pas du tout claire. On ne sait pas pour qui ils parlent, au juste, souligne-t-il. On ne sait pas vraiment s'ils parlent pour les populations du delta du Niger. Des notables locaux, des groupes locaux, ne se sont pas prononcés sur leurs actions jusqu'à maintenant. Il ne suffit pas aux rebelles de cibler les installations pétrolières pour pousser le gouvernement à négocier. Il faut que le gouvernement, ses services de renseignement, arrivent à la conclusion qu'ils expriment la volonté des populations du delta du Niger. »

Ukoha Ukiwo s'étonne du rôle que la présidence souhaite faire jouer aux compagnies pétrolières. « L'essentiel, c'est de comprendre si les compagnies pétrolières sont assez crédibles ou légitimes, explique-t-il. Bien évidemment, ce sont de grandes entreprises privées. Alors, si le gouvernement est vraiment intéressé à négocier, les compagnies pétrolières ne sont pas, en définitive, les mieux placées pour faire la médiation. Et les agences de sécurité non plus. Cela n'empêche pas les compagnies pétrolières elles-mêmes de chercher à rencontrer les rebelles, comme elles l'ont déjà fait dans le passé. Vu l'insécurité, elles ont toujours cherché à trouver un modus vivendi avec ces groupes, leur permettant de fonctionner dans un environnement on ne peut plus compliqué. »

→ A (RE)LIRE : Nigeria: qui sont les Vengeurs du delta du Niger

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