Burundi: la FIDH dénonce la généralisation d'une «répression de masse»

Bujumbura, 3 février 2016. Au Burundi, le cycle de violences et de répression enclenché il y a neuf mois n'en finit pas.
© REUTERS/Jean Pierre Aime Harerimama

La Fédération internationale des droits de l'homme a publié jeudi 21 juillet un communiqué alertant sur la « répression de masse » au Burundi contre tous ceux « suspectés d’être opposés au régime ».

Dans un communiqué publié jeudi 21 juillet, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) dénonce « les violations graves et massives des droits humains à l’encontre de tous ceux suspectés d’être opposés au régime » burundais. Selon l’organisation, celles-ci « n’ont de cesse de se multiplier ».

Ainsi, plus de 1 000 personnes ont été tuées, 5 000 seraient détenues et 800 disparues selon la FIDH. Cette dernière estime aussi à « plusieurs centaines le nombre d’arrestations arbitraires » sur le territoire du Burundi chaque semaine. Pour les défenseurs de droits de l’homme, le pays a sombré dans l'arbitraire et l'impunité.

De nombreux Burundais témoignent

Pour preuve, la Fédération internationale des droits de l'homme cite l’arrestation d'un ancien militaire, élu local du parti d'opposition FNL, interpellé mercredi par des policiers qui n'avaient pas de mandat. Comme lui, plusieurs témoins racontent que les conditions de détention sont mauvaises.

Parmi eux, cet homme qui a été interpellé il y a plusieurs semaines dans la province de Rumonge suite à un litige avec l’administration. Il décrit des conditions d'hygiène « déplorables », des odeurs « nauséabondes », un manque d'eau potable : « J'ai été arrêté par la police quand j'étais au travail. On m’a conduit dans le cachot communal destiné à accueillir cinq personnes, et on était au nombre de 20 », dit-il.

« J’ai été transféré dans un autre cachot, continue ce Burundais, finalement relâché il y a quelques jours. J'ai passé plus de 20 jours dans des conditions difficiles. Je n’avais aucun contact avec ma famille. Il y avait beaucoup de monde : alors que la capacité d’accueil est de 10 ou 15 personnes, nous étions 30. »

Et de conclure : « Imaginer prendre de force quelqu’un, ensuite l'incarcérer, c'est un abus de pouvoir. La population n’a aucun moyen de résister face à la décision des autorités locales. Avec les détenus, quand nous nous parlions de nos situations, nous voyions justement que c'est courant. On agit par la force, on est accusés de force, il y a une injustice. »

Des cas de tortures répertoriés

SOS Medias Burundi a révélé que dans une commune du nord-est du pays, plusieurs personnes étaient emprisonnées dans un conteneur parce que le cachot local n'avait plus de porte. L'administrateur a finalement annoncé vendredi que la porte avait été réparée et que les détenus avaient été conduits dans un endroit approprié.

Selon les ONG, il existe aussi plusieurs lieux de détention non officiels au Burundi, dans lesquels les personnes soupçonnées de collaborer avec les groupes armés seraient torturées. Ces accusations ont été démenties par le gouvernement, qui vient d'annoncer la saisie en six mois de 200 grenades, presque autant de fusils et des munitions. Les autorités burundaises estiment qu'il ne s'agit pas de répression, mais de lutte contre le terrorisme.