Algérie: des dignitaires rattrapés par le scandale des Panama Papers

Le scandale «Panama Papers» continue de faire des vagues...jusqu'en Algérie.
© REUTERS/Carlos Jasso

D’après les dernières révélations du Consortium international des journalistes d’investigation, plusieurs hauts responsables algériens ont touché de l’argent pour favoriser une entreprise italienne dans l’attribution de marchés pétroliers. Le nom de Chakib Khelil, l’ancien ministre de l’Energie et des Mines apparaît souvent. Il aurait fait profiter sa famille de larges rétrocommissions.

C’est le cœur de l’affaire des Panama Papers en Algérie : de hauts responsables qui auraient touché de l’argent pour favoriser une entreprise italienne dans l’attribution de grands marchés pétroliers. Le rôle de Chakib Khelil reste flou. D’après la note d’un tribunal suisse, révélée par le journal Le Monde, c’est lui qui aurait imposé un intermédiaire à la société Saipem. Ce dernier, considéré par l'ancien ministre « comme son fils », aurait été chargé de soudoyer les décideurs algériens.

Après une enquête, la justice algérienne a découvert que d’importantes sommes d’argent ont été versées sur le compte de Najat Arafat, la femme de Chakib Khelil. Son fils Khaldoun aurait également profité de versements.

Les journalistes du Consortium international ont essayé de joindre l’ancien ministre, qui assure « ne pas avoir le temps de parler de cette affaire ». Chakib Khelil est entré en Algérie cette année, après deux ans passé en exil aux Etats-Unis. Un mandat d’arrêt émis pour une autre affaire de corruption vient d’être annulé. Non pas parce que l’enquête a prouvé son innocence, mais parce qu’il n’a pas été émis par le bon tribunal.

Au centre de cette affaire, un autre homme, Farid Bedjaoui

On le surnomme « Monsieur 3% », comme le montant des commissions qu’il touchait à chaque contrat surfacturé. Farid Bedjaoui, le neveu de l’ancien ministre algérien des Affaires étrangères, est soupçonné d’avoir organisé un vaste réseau de pots-de-vin entre des dignitaires algériens et Saipem, un groupe pétrolier italien.

Le procédé était simple : Farid Bedjaoui versait de fortes sommes d’argent à des responsables algériens. En échange, ceux-ci favorisaient la société Saipem, filiale du géant ENI, dans l’obtention de contrats pétroliers. Entre 2006 et 2009, ce système aurait permis à Saipem de décrocher huit contrats en Algérie, pour un montant total de plus de 9 milliards d’euros. En contrepartie, Farid Bedjaoui aurait touché 186 millions d’euros.

Le transfert des fonds ainsi que les personnes qui ont bénéficié de ces commissions sont très difficiles à établir : grâce à ses trois nationalités, Farid Bedjaoui a créé de très nombreuses sociétés écran, dont la grande majorité était gérée par le cabinet panaméen Mossack Fonseca. Mais dès février 2013, les justices française et canadienne trouvent suspect le train de vie flamboyant de Farid Bedjaoui : ils retrouvent chez lui des toiles de maître, ils perquisitionnent son appartement de la luxueuse 5e avenue de New-York, et son yacht de 43 mètres est saisi par les enquêteurs.

À l’heure actuelle, Farid Bedjaoui nie en bloc les soupçons qui pèsent contre lui. Il est recherché par Interpol mais, d’après le Consortium des journalistes, il vivrait actuellement dans une grande résidence à Dubaï.

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