Soudan du Sud: l'opposant Riek Machar sort de son silence

Le leader de l'opposition sud-soudanais Riek Machar est caché dans les environs de Juba, la capitale sud-soudanaise.
© REUTERS/Thomas Mukoya

L'opposant sud-soudanais Riek Machar s’est enfin exprimé. Depuis quinze jours, et les combats qui ont éclaté à Juba entre ses troupes et celles du président Salva Kiir, le vice-président se cache en dehors de la capitale. Ce mercredi 27 juillet, il a donné une interview par téléphone à Al-Jazeera, dans laquelle il estime que la nomination par le chef de l'Etat, mardi, de l'un de ses anciens collaborateurs pour le remplacer, est illégale. L'ONG Amnesty International a publié hier un rapport sur les massacres et les viols commis en octobre et novembre 2015 par les soldats de Salva Kiir dans l'Etat d'Unité, un fief de l'opposition. L'ONU dénonce aussi des viols.

« Je suis toujours le vice-président du Soudan du Sud. La nomination de Taban Deng Gai est illégale. Salva Kiir n'avait aucune autorité pour le nommer à mon poste ». Voilà en substance ce qu'a déclaré Riek Machar, depuis sa cachette des environs de Juba. Il affirme qu'il avait chargé, lors de son départ de la capitale, le ministre de l'Intérieur Alfred Ladu Gore d'assumer sa fonction en attendant son retour.

Riek Machar prévient : pour lui, Salva Kiir « a fait le premier pas vers l'effondrement » de l'accord de paix. Il exige une fois de plus l'intervention de la force d'interposition décidée au sommet de l'Union africaine pour revenir à Juba. Une force militaire pourtant catégoriquement refusée par son rival, au nom de la souveraineté nationale. « Si la communauté internationale échoue, conclut Riek Machar, l'accord de paix aura échoué. »

Entretemps, à New York, un porte-parole du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a lui aussi émis des doutes sur la manœuvre de Salva Kiir pour mettre son adversaire à l'écart. « Les nominations politiques, a déclaré Farhan Haq, doivent être compatibles avec les dispositions énoncées par l'accord de paix. »

Viols autour de bases de l'ONU

Pendant que les hommes politiques s'écharpent à coups de communiqués de presse à Juba, les civils subissent la loi des armes. Et c'est le cas depuis la signature de l'accord de paix entre Salva Kiir et Rieck Machar, en août 2015.

Les témoignages publiés par Amnesty International sont glaçants à cet égard. En octobre et novembre 2015, l'Etat d'Unité, l'Etat de naissance de Rieck Machar, a manifestement été le théâtre d'exécutions de gens qui fuyaient les troupes de Salva Kiir, de viols des femmes, puis de leur kidnapping pour devenir les domestiques des officiers.

En avril, c'est dans l'Etat de Wau que des crimes similaires ont été commis par les soldats gouvernementaux, déployés là depuis décembre.

A Juba, ce sont les combats soudains du 8 juillet qui ont rallumé la mèche. Plusieurs centaines de civils ont été abattus pendant les 48 heures qu'ont duré les affrontements. Et l'ONU a révélé hier qu'après le retour au calme, elle avait documenté au moins 120 viols de femmes autour des bases des Nations unies à Juba, où sont réfugiés des survivants.

Enfin, de l'autre côté de la frontière, en Ouganda, les réfugiés arrivent par milliers et ils racontent : ils se font tuer, violer et enrôler de force, dans l'Etat d'Equatoria orientale, mais aussi autour de la capitale.

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