Tchad: Les forces d'opposition vont braver l'interdiction de manifester

Sur le marché de Ndjamena.
© ISSOUF SANOGO / EUROPEAN-COMMISSION / AFP

Au Tchad, l’opposition maintient son appel à manifester cet après-midi en dépit de l’interdiction du ministère de la Sécurité publique. Un appel lancé par le Front de l'opposition nouvelle pour l'alternance et le changement (Fonac), la toute jeune coalition coordonnée par Saleh Kebzabo.

Le chef de fil de l’opposition conteste la réélection du président Idriss Déby Itno pour un cinquième mandat en avril 2016. Alors que la cérémonie d’investiture est prévue lundi 8 août, l’opposant multiplie les coups d’éclat. Saleh Kebzabo est également signataire avec Djimrangar Dadnadji, ancien Premier ministre, et Mahamat Ahmat Alhabo, ex-ministre, d’une plainte déposée contre le président Déby pour « haute trahison ».

Violations des droits de l'homme, disparitions forcées, détournements de fonds, les opposants détaillent les crimes dont ils accusent Idriss Déby Itno dans un document de 6 pages adressé à la présidente de la Haute cour de justice du Tchad. « Dans un pays où toutes les institutions sont tenues par le président, c'est déjà une prouesse d'avoir pu déposer cette requête », souligne Saleh Kebzabo qui insiste sur la portée symbolique de la démarche.

« Nous avons relevé un certain nombre de fautes et de crimes qui sont prescrits dans la Constitution et où il est prévu qu’il y a des cas de haute trahison d’un président de la République en fonction, selon des crimes qu’il aurait commis, crimes politiques, crimes économiques, crimes de sang. Nous avons relevé tout ça. Et nous attendons donc que la Haute cour de justice fasse son travail. Nous voulons juste montrer à notre opinion qu’un président de la République, aussi puissant soit-il, n’est pas à l’abri des poursuites judiciaires. Nous avons donc pour l’histoire et pour la formation de nos militants, décidé de poursuivre le président Déby. Et nous attendons donc que la Haute cour de justice fasse diligence », a-t-il encore déclaré.

Le pouvoir n'est pas inquiet

Au sein du parti du président Idriss Déby, cette plainte ne suscite pas d’inquiétudes. Pour Mahamat Hissein, le porte-parole du Mouvement patriotique du salut (MPS), il s’agit selon lui d’une manœuvre dilatoire, symptomatique d’une radicalisation de certains opposants.

« Sur le plan politique, je suis sûr que les Tchadiens vont se demander pourquoi monsieur Dadnadji, qui a été membre du bureau politique pendant des années, directeur de cabinet, secrétaire général de la présidence, plusieurs fois ministres, même Premier ministre ; pourquoi monsieur Kebzabo qui est député depuis maintenant plusieurs législatures, qui est chef de parti, qui a été aussi ministre sous Déby, pourquoi il attend maintenant pour porter plainte sur ces accusations ; et pourquoi monsieur Alhabo, qui a été plusieurs fois ministres sous monsieur Déby et qui est depuis dans l’opposition, pourquoi il a attendu maintenant pour porter plainte ? C’est une façon de prolonger les débats après leur échec à la présidentielle. Ils ne veulent pas qu’on les oublie. Ils sont en train de se faire légitimer la violence qu’ils ont commencée déjà à semer à Ndjamena aujourd’hui », estime le porte-parole.

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