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RDC

RDC : Kinshasa annonce une nouvelle libération de prisonniers

Des militants d'opposition quittent un meeting d'Etienne Tshisekedi, le 31 juillet 2016. Le candidat d'opposition a appelé à la tenue d'élections avant la fin 2016.
© Eduardo Soteras / AFP

Est-ce un premier pas vers la décrispation du climat politique ? C'est en tout cas la volonté affichée par le gouvernement de Kinshasa qui vient d'annoncer une série de libérations de prisonniers politiques. Des libérations attendues, pour certaines, depuis plus d'un an par la société civile et la communauté internationale. Officiellement, 24 personnes devraient retrouver une liberté provisoire ou complète dans les prochains jours. Quatre seulement, les autres sont libres depuis longtemps, disent les organisations de défense des droits de l'homme nationale et internationale.

Parmi les plus connus figure Christopher Ngoy Mutamba. Ce militant de la société civile a été arrêté en janvier 2015, dans la foulée des manifestations contre un troisième mandat de Joseph Kabila. Il y a aussi deux jeunes activistes de l'est du Congo, Fred Bahuma de Lucha et Yves Makwalamba de Filimbi, incarcérés après avoir participé à une réunion avec les militants sénégalais et burkinabè des mouvements Y'en a marre et Balai citoyen, et aussi Jean Marie Kalonji, de 4e voie.

Vingt-quatre personnes au total devraient être libérées dans les prochains jours. Deux médias de l'opposition vont également être autorisés à émettre à nouveau, après des mois de coupure.

Apaisement

Pour le pouvoir, c'est donc une main tendue aujourd'hui vers l'opposition. Des mesures de décrispation politique pour aller au dialogue voulu par le président Joseph Kabila. Et acter le report de la présidentielle censée se tenir en novembre prochain.

Reste à savoir si ces mesures vont suffire à satisfaire l'opposition. Deux noms au moins manquent à l'appel des libérations demandées. Ceux des chefs de deux partis d'opposition : Eugène Diomi Ndongala derrière les barreaux depuis près de trois ans et Jean-Claude Muyambo. Tous deux ne sont pas concernés par ces libérations, car il s'agit selon le ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba « de cas de viol et d'escroquerie » et « cela pourrait choquer l'opinion publique », dit-il.

L'opposition avait également demandé à ce que les poursuites contre l'un des principaux candidats à la présidentielle Mo ïse Katumbi soient abandonnées.

Edem Kodjo satisfait

Le facilitateur Edem Kodjo a fait part de sa satisfaction et annoncé la reprise du dialogue politique pour la semaine prochaine. Toutefois, plusieurs voix s'élèvent déjà au sein de l'opposition et de la société civile pour dénoncer « un effet d'annonce au lieu d'être un réel geste politique des autorités ».

L'avocat de plusieurs des personnalités concernées affirme notamment que seuls 4 prisonniers sont réellement concernés par la mesure du ministre de la Justice congolais, car les 20 autres avaient déjà quitté la prison ou étaient en liberté provisoire.

« Nous pensons que le gouvernement congolais doit faire encore plus pour détendre le climat politique et favoriser la confiance entre les différents acteurs, parce que pour nous, la libération des prisonniers politiques et d'opinion est fondamentalement une question de droits de l'homme dans le contexte en RDC », Me Georges Kapiamba, président de l'ACAJ, l'Association congolaise pour l'accès à la justice et représentant de la société civile dans le rassemblement de l'opposition.

Pour Human rights watch, c'est un pas dans la bonne direction, mais un pas seulement. L'organisation américaine de défense des droits de l'homme affirme également que quatre sur les 24 seulement vont effectivement être remis en liberté. Les autres ont tous été libérés dans les semaines ou les mois précédent cette annonce, dit HRW dans un communiqué.

L'opposition sceptique

Cette libération de prisonniers politiques est en tout cas accueillie « avec réticence et réserve » par le rassemblement de l'opposition. Pour le porte-parole de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), cette « demi-mesure » ne suffira pas pour que l'opposition s'assoie à la table des discussions. « Pour le rassemblement, rien n'est fait. Il s'agit d'une libération partielle. Nous attendons la libération de tous les prisonniers politiques », rappelle Bruno Tshibala.

Il rappelle également que le rassemblement de l'opposition ne participera pas au dialogue, « d'autant plus qu'il y a deux problèmes qui demeurent : le facilitateur Edem Kodjo n'a pas été récusé, nous n'avons pas encore revu notre position, et il y a tous les prisonniers qui ne sont pas libérés ».

Cette mesure « nous conforte dans l'idée que M. Kodjo a une certaine complicité avec les hommes du pouvoir. Voilà pourquoi il ne nous donne pas de garantie pour être un bon facilitateur », dénonce M. Tshibala.

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