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Nigeria

Destructions d'oléoducs au Nigeria: un nouveau groupe rebelle entre en lice

La région du delta du Niger est le théâtre de nombreuses destructions d'oléoducs perpétrées par différents groupes rebelles.
© AFP PHOTO/PIUS UTOMI EKPEI

Deux oléoducs de la compagnie nationale nigériane NPDC ont été attaqués vendredi 19 août, dans le sud du Nigeria. Ces sabotages ont eu lieu dans la région d'Udu, dans l'Etat du Delta. Depuis le mois de janvier, 1 600 oléoducs ont déjà été « vandalisés » selon le ministre nigérian du Pétrole. Une forte accélération en comparaison avec les 3 000 sabotages entre 2010 et 2015. Une situation difficile pour le pays, alors que les groupes rebelles dans la région du delta du Niger se multiplient.

Selon des chiffres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) publiés mi-août, le Nigeria produit aujourd'hui 1,5 million de barils par jour, contre 1,78 million pour l'Angola. La deuxième puissance économique africaine accuse une chute de production de son or noir de 21,5% par rapport au mois de janvier.

Depuis la reprise des attaques des pipelines en janvier, le Nigeria accuserait un manque à gagner de 41 300 barils par jour. Ce chiffre n'a pas fini de grimper avec l'arrivée d'un nouveau groupe.

Les autoproclamés « Militants pour la justice sur les terres vertes du delta ». Ces rebelles revendiquent l'une des attaques de ce vendredi dans la région d'Udu. Ce groupe armé se proclame indépendantiste, pro-Biafra et chrétien.

Comme ses prédécesseurs, il ne reconnaît pas le président Muhammadu Buhari, lui reprochant d'être nordiste et musulman. Cette poussée de fièvre inquiète fortement Abuja.

D'autant que la concurrence et l’émulation entre tous ces militants, mais aussi la surenchère dans leurs respectives doléances, rendent la situation insaisissable et imprévisible. En ouvrant de multiples fronts plus ou moins concertés, tous ces groupes rebelles se sont engagés dans une véritable guérilla économique.

« Des enjeux très locaux »

Cette recrudescence de groupes armés n'est pas surprenante selon Amzat Boukari-Yabara, docteur associé à l'Ecole des hautes études en sciences sociales et spécialiste du Nigeria. « On a des groupes qui sont localisés dans différents Etats, dans différents points de forage du pétrole. Du coup le fait que plusieurs groupes apparaissent n’est pas surprenant en soi. Ce sont des enjeux très locaux, qui peuvent concerner des communautés de 5 à 10 000 personnes », explique le chercheur.

Mais c’est l’ensemble de ces revendications qui représente un véritable défi pour l’Etat fédéral. « Donc on a une question qui est vraiment une micro-problématique. Mais le regroupement des différentes demandes à l’échelle micro, ont des répercussions à une échelle beaucoup plus large. Il y a sans doute une incapacité de l’Etat à prendre en compte les spécificités des demandes de ces populations. Et donc on voit des jeunes, issues de ces communautés, prendre les armes et demander par la force qu’ils soient entendus par le pouvoir. »

Selon de nombreux experts, le budget 2016 de l'Etat fédéral sera difficilement réalisable car au moins 70% des recettes proviennent des hydrocarbures. Et ces militants sont aussi dans un bras de fer politique. Avec en ligne de mire le 1er octobre : la date de l'indépendance promise par les « Vengeurs du delta du Niger ».

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