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Burundi: où se trouve le journaliste Jean Bigirimana?

Jean Bigirimana, journaliste burundais, travaillant pour le journal Iwacu, porté disparu depuis un mois.
© Iwacu

Au Burundi, le site d'informations burundais Iwacu est en noir et blanc depuis ce lundi 22 août. Le journal est en deuil. Cela fait un mois que Jean Bigirimana a disparu. Personne ne sait où se trouve le journaliste, l'enquête de la police n'avance pas et plus le temps passe, plus l'espoir s'amenuise. Le directeur d'Iwacu, Antoine Kaburahé, est très pessimiste mais il assure que son journal poursuivra sa mission d'informer et qu’il va porter plainte contre X.

Depuis ce lundi, le site du dernier groupe de presse indépendant au Burundi a perdu ses couleurs. Iwacu porte désormais le deuil de son journaliste Jean Bigirimana, disparu il y a un mois, arrêté selon l’enquête de ses collègues par le Service national de renseignement (SNR).

Joint par RFI, Antoine Kaburahé explique que le site entame une semaine de deuil et que c’est une manière de commémorer un mois sans Jean.

« On garde toujours un petit espoir. Tant que l’on n’a pas vu le corps de la personne, on se dit que peut-être il va revenir. Il y a toujours ce doute qui est d’ailleurs très difficile à vivre et qui est difficile à gérer pour la famille et pour les collègues parce qu’on n’est pas sûrs. On est dans l’incertitude. C’est très pénible. C’est très triste aussi mais on se dit qu’il faut rester debout et ne pas flancher », a-t-il déclaré. C’est « une manière, pour nous aussi, de rendre hommage à Jean en continuant le travail. Jean est journaliste. Si nous capitulons, Jean aura disparu pour rien. En continuant le travail, c’est une manière de résister », a insisté Antoine Kaburahé.

Près du lieu de la disparition de Jean Bigirimana, à Muramvya, les journalistes ont découvert deux corps, mais « aucun n’est celui du journaliste », affirme sa femme. Alors à qui appartiennent ces corps ? La semaine passée, le président de la CNIDH, Commission nationale indépendante sur les droits de l’homme promettait sur l’antenne de RFI que ces corps seraient identifiés. Mais ils ont été mis en terre.

« Le parquet a fait son constat. La police a fait son constat. Il y a un médecin qu’il a été requis pour fournir une expertise médico-légale. Et leur rapport est toujours attendu. C’est là où on en est. On est dans l’attente du rapport médical. C’est à partir de là qu’on va pouvoir se repositionner pour savoir dans quelle direction il faut poursuivre l’enquête », explique Jean-Baptiste Baribonekeza, président de la CNIDH.

Il assure que malgré le fait que les corps aient été enterrés sans être identifiés, cela ne devrait pas compliquer pas la suite de l’enquête. « C’est une question sur laquelle le médecin peut nous situer. En tout cas, avant l’enterrement de ces corps, la CNIDH a été mise au courant. Et d’après les informations que nous avons reçues, les corps ont été enterrés dans des sacs qui permettent un certain niveau de conservation pendant dans des années. De sorte que, par exemple, s’il y avait des prélèvements à faire, ces corps peuvent toujours être opérés. »

Ces corps ont été mis en terre mais pourquoi n’ont-ils pas été identifiés ? Et comment poursuivre l’enquête alors que le principal témoin a lui aussi disparu ? Toutes ces questions, l’ONG de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch, et Antoine Kaburahé les ont posées, par écrit, à la Commission nationale indépendante sur les droits de l’homme. Sans grand espoir, le journal Iwacu compte déposer une plainte « contre X » au Burundi. Il saisira également le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées. « Nous continuerons à chercher » dit Antoine Kaburahé, car sans réponse, le deuil ne peut pas vraiment commencer.
 

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