Afrique du Sud: inquiétudes sur le sort du ministre des Finances

Le ministre des Finances sud-africain Pravin Gordhan, ici le 14 mars 2016.
© REUTERS/Siphiwe Sibeko

En Afrique du Sud, le président Jacob Zuma tente de rassurer : le ministre des Finances n'est pas sous le coup d'une inculpation. Jeudi 25 août, celui-ci a été convoqué par une unité spéciale de la police dans le cadre d'une enquête et des rumeurs d'arrestation ont même couru. Le ministre Pravin Gordhan a refusé de se rendre à la police. La nouvelle a toutefois fait chuter le rand. Car derrière cette affaire, beaucoup voient une lutte pour le contrôle des finances de l'Etat.

Les menaces qui pèsent sur Pravin Gordhan ont provoqué une levée de boucliers. Une vingtaine de personnalités se sont rassemblées jeudi devant le bureau des Hawks (unité spéciale de la police chargée de combattre la corruption et le crime organisé, ndlr) à Pretoria en soutien au ministre et quatre de ses collègues convoqués par la police pour la deuxième fois.

Officiellement, ceux-ci enquêtent sur un service de lutte contre l'évasion fiscale mis en place par Gordhan lorsqu'il était directeur du fisc. Un service accusé aujourd'hui d'avoir espionné des hommes politiques, dont le président Jacob Zuma.

Pour Johann Kriegler, ancien juge de la Cour constitutionnelle, il s'agit d'intimidations. « Non seulement ces accusations sont complètement infondées, mais la façon dont elles ont été présentées est clairement calculée pour ternir l'image de ces individus. Les Hawks ont visiblement beaucoup de travail, mais ils poursuivent de fausses accusations contre des gens comme Gordhan et ne font pas leur travail », s'indigne-t-il.

« Depuis que Pravin Gordhan a été nommé au poste de ministre des Finances en décembre dernier, il s'est régulièrement et publiquement opposé à certains projets du gouvernement, souligne Iraj Abedian, économiste. Comme par exemple le sauvetage financier de la compagnie aérienne nationale, l'achat de centrales nucléaires ou certaines transactions de la compagnie nationale d'armement Denel. » Des projets cher au président de la République, mais jugés trop couteux par le Trésor.

Le contrôle des finances de l'Etat en jeu

Car derrière ces convocations, il y a des soupçons de pression politiques pour faire tomber le ministre des Finances et prendre le contrôle du Trésor. Certains accusent même le chef de l'Etat de manipuler les services de police à des fins politiques.

« Nous sommes préoccupés par l'avenir de la justice dans ce pays, explique Georges Bizos, avocat et ami de l'ancien président Nelson Mandela. Le juge Kriegler et moi-même, ainsi que d'autres, nous nous sommes longuement battus contre l'apartheid. Et nous craignons que les erreurs du passé ne se répètent ».

Côté présidence, on assure pourtant qu'il n'y a aucun désaccord entre le chef de l'Etat et le ministre des Finances. « Le ministre n'a pas été reconnu coupable de quoi que ce soit. Mais la présidence souhaite rappeler que le chef de l'Etat n'a pas le pouvoir de suspendre une quelconque enquête policière sur un individu », assure Bongani Ngqu-Lunga, porte-parole du président.

Un communiqué qui n'a pas apaisé les esprits, notamment les milieux financiers pour qui Pravin Gordhan assure une stabilité économique et dont le départ serait désastreux. Ils voient dans cette affaire un bras de fer entre les deux hommes pour le contrôle du Trésor.

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