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Libye

Libye: la bataille de Syrte, et après?

Troupes loyalistes à Syrte, le 29 août 2016.
© REUTERS/Ismail Zitouny

En Libye, la bataille de Syrte opposant l'EI aux forces fidèles au gouvernement d'Union nationale est pratiquement terminée, mais la fin de cette bataille ouvre la porte à d’autres difficultés que les autorités de ce pays plongé dans le chaos doivent affronter. Quelle sera la situation en Libye après la fin de cette bataille de Syrte ?

Quand la communauté internationale avait soutenu, il y a quelques mois, le gouvernement de Fayez el-Sarraj à Tripoli, c’était dans le but affiché d’unir les milices autour d’une idée qui fait consensus : combattre l’organisation Etat islamique en Libye. Or ce sont surtout les milices de Misrata qui ont mené cette bataille de Syrte contre l’EI, et non pas l’armée libyenne comme il était convenu entre les partis libyens. Un déséquilibre de plus pour un pays qui vacille.

Les milices exigeront une contrepartie à leur engagement

Quel sera le sort de ces milices ? Et quel profits cherchent-elles à tirer de leurs sacrifices à Syrte ? « Le fait que les forces de Misrata aient démontré leur capacité à assumer leur responsabilité dans cette bataille décisive à Syrte, aura un coût politique, explique à RFI, Béligh Nabli, directeur de recherche à l’IRIS. Cette bataille met en perspective l’incapacité actuelle de constituer une armée libyenne mais elle permet aussi de commencer à redistribuer les cartes en vue de la reconstitution d’un pouvoir politique libyen où les rapports de force internes aux différents groupes des milices évoluent au fur et au mesure des batailles, y compris celle de Syrte qui est décisive. Et dans cette perspective-là incontestablement les forces de Misrata pourront s’appuyer sur cette séquence à la fois militaire et politique pour exiger d’être particulièrement mises en avant dans le futur organigramme politique et militaire libyen ».

Les cellules dormantes de l'EI

Les questions de l’après-Syrte sont multiples et les défis sont grands. Parmi ces défis l’avenir de l’EI, en Libye. Si cette organisation est chassée de son fief à Syrte, sera-t-elle toujours en mesure de nuire ? En finir avec l’EI à Syrte, règle-t-il le problème du terrorisme en Libye ? « On sait bien que la plupart des éléments de Daesh qui se trouvaient à Syrte ont maintenant fui soit vers l’ouest, c’est-à-dire vers les villes des côtes libyennes, soit vers le sud-est de la Libye, constate Kamel Meraache, analyste et journaliste libyen. Il y a des dizaines et des dizaines de cellules dormantes dans près de 27 villes et villages libyens. Cela constitue donc un grand danger, non pas seulement pour la Tunisie et l’Algérie ou le Niger et le Mali, mais également pour la région et même pour l’Egypte, le Soudan et le Tchad... Tous les pays frontaliers de la Libye. L’EI constitue un danger très important surtout dans le chaos libyen où il n'y a pas de gouvernement central ni d'armée pour combattre cette organisation terroriste ».

Dans le dossier libyen la communauté internationale a aussi sa part de responsabilité. « D’abord la responsabilité de la communauté internationale a été écrasante dans le passé en raison de ce qui s’est produit en 2011, selon Moncef Djaziri, professeur de sciences politiques à Lausanne. Au fond, cette guerre de de 2011 a engendré le chaos et a rompu d’une certaine manière l’équilibre de la société et a finalement même perturbé la question de la transition... On voit bien l’impasse dans laquelle la Libye se trouve. Par la suite, en effet, la communauté internationale a essayé bon an mal an de réparer ce qui pouvait l'être en essayant d’instaurer et d’encourager le dialogue ce qui a abouti à cet accord politique de fin 2015. On s’aperçoit que cet accord n’a rien résolu ; je dirais même que cet accord c’est presque au fond une aggravation de la situation ».

Les spécialistes du dossier libyen ne cachent pas leur pessimisme. Le Conseil présidentiel libyen va présenter prochainement un nouveau gouvernement au Parlement, et les Nations unies prévoient de nouvelles rencontres pour le dialogue national, en Tunisie, afin de tenter d'établir ce dialogue. Les appels se multiplient pour que tous les partis soient représentés dans ce dialogue, y compris les tribus et les chefs des milices. Un nouvel accord politique parait désormais nécessaire pour la Libye de demain.

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