Tension post-électorale au Gabon: Hollande appelle à «l'apaisement»

Un militant de l'opposant Jean Ping brandit un drapeau du Gabon, le 31 août 2016 à Libreville.
© MARCO LONGARI / AFP

Les manifestations consécutives à la proclamation des résultats de l'élection présidentielle et l'assaut donné sur le QG de campagne de l'opposant Jean Ping, qui a fait au moins un mort selon notre envoyé spécial, inquiètent la communauté internationale. Cette élection gabonaise est scrutée de l'étranger. Beaucoup d'observateurs demandent la publication des résultats bureau de vote par bureau de vote et appellent au calme.

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Mariya Gabriel est la chef de la mission des observateurs de l'UE pour cette élection présidentielle. Les observateurs avaient pointé le manque de transparence du scrutin. Elle s'exprime au micro de RFI et demande une nouvelle fois la publication des résultats bureau par bureau :

« Tout scenario de violence et de contestation vient lorsqu'il y a un manque de transparence quelque part. Donc à la suite des annonces officielles, des réactions se sont exprimées justement parce que la confiance dans l'intégrité des résultats annoncés n'était pas partagée par la population. Mais l'important est de ne pas s'arrêter là. L'important c'est maintenant d'appeler tous les acteurs au calme et de ne pas rendre la crise - parce qu'elle est déjà là - encore plus profonde. Et pour cela, il n'y a pas meilleur moyen que la transparence pour que justement les citoyens puissent se reconnaître et prendre la mesure très concrète qui est celle de la publication des résultats bureau de vote par bureau de vote. »

Mme Gabriel sera l'invitée Afrique matin ce vendredi 2 septembre.

■ Environ 10 000 Français résident actuellement au Gabon, principalement à Libreville et à Port-Gentil. Dans ses conseils aux voyageurs, la diplomatie française conseille la prudence aux ressortissants : « Compte tenu des désordres actuels, il est vivement déconseillé de circuler à Libreville et sur l’ensemble du territoire gabonais. Il convient de se conformer strictement aux consignes de prudence et de rester à domicile.

Elle recommande par ailleurs aux Français désireux de se rendre au Gabon de « différer » leur voyage.

Enfin, le quai d'Orsay a ouvert une ligne d'urgence à destination des expatriés.

■ 16h30 (à Paris:) dans un communiqué, François Hollande appelle « toutes les parties à la retenue et à l'apaisement » au Gabon et demandé « un processus garantissant la transparence ». Le président de la République a fait part de « sa profonde inquiétude et de sa grande préoccupation », condamnant « avec la plus grande fermeté les violences et les pillages, ainsi que les menaces et attaques portées contre les partisans des principaux candidats » gabonais.

Pour la France, il en va de la crédibilité du scrutin et de la réputation du Gabon sur la scène internationale. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault assure que par souci de transparence, il est nécessaire de publier tous les procès-verbaux. « Dans le cadre d'un processus électoral, il n'y a aucune place pour la violence », a-t-il ajouté. Et de conclure : « J'appelle en conséquence toutes les parties à la plus grande retenue, afin d'éviter de nouvelles victimes. »

Les résultats ont été publiés hier, il y a un doute sur leur sincérité... Il convient que les recours s’exercent, dans le respect de la loi et le cadre d’une procédure transparente et impartiale. Avec l’Union européenne, la France appelle à la publication des résultats bureau par bureau…
Jean-Marc Ayrault: la France appelle à la publication des résultats bureau par bureau
01-09-2016

Même préoccupation du côté de Philippe Baumel, député socialiste spécialiste des dossiers africains et membre du groupe d'amitié France-Gabon. « On

Ecoutez la réaction de Philippe Baumel, membre du groupe d'amitié France-Gabon
01-09-2016 - Par Pierre Firtion

assiste là à une explosion de violence et de colère de la part d'un peuple dont les droits ont été bafoués dans le cadre de ces élections », confie le député à RFI.

« Ce scrutin n'est ni sincère ni juste d'une certaine façon. Il n'est pas sincère parce que les opposants ont transmis un certain nombre de pièces et l'on sait qu'il y a eu de graves tripatouillages dans l'organisation de cette élection... C'est ça que conteste aujourd'hui le peuple gabonais, du moins une partie », ajoute-t-il. 

Les États-Unis et l'Europe demandent plus de transparence

Les Etats-Unis ont de leur côté demandé au gouvernement gabonais de publier les résultats de chaque bureau de vote, rapporte notre correspondant à Washington, Jean-Louis Pourtet. « Cela aidera le peuple gabonais, de même que la communauté internationale, à avoir confiance dans le fait que le décompte des votes annoncé est bien juste », a affirmé le porte-parole du département d’Etat, John Kirby.

« Les élections doivent refléter la volonté du peuple de manière crédible », a-t-il poursuivi, en exprimant la vive préoccupation de Washington devant la tournure des événements après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle.

John Kirby a exhorté ceux qui contestent ces résultats à le faire « de façon pacifique » et en respectant le système légal. « Le Gabon se trouve à un moment critique. Il est temps pour tous les responsables politiques d’agir de façon à ce que ceux qui vivent au Gabon soient protégés », a-t-il déclaré. Sur son site, le département d’Etat qualifie ses relations avec le Gabon d’excellentes.

Ces demandes avaient été précédées par la mission d'observation de l'Union européenne, avant même l'annonce de ces résultats officiels. « Mais ce n'est pas la tradition dans le pays », explique le président de la Cenap, la Commission électorale. Selon lui, la publication bureau de vote par bureau de vote est irréalisable.

Bruxelles avait déjà affirmé ce lundi que le processus électoral manquait de transparence. Elle précise mercredi soir que ces 60 observateurs n'ont pas pu assister à la séance finale des travaux de la Commission électorale. Ce jeudi matin, Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, qualifie la situation post-électorale au Gabon de « crise profonde » et appelle les différentes parties « au calme ».

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