Gabon: du QG de Jean Ping, les opposants écrivent à la communauté internationale

Près du QG de jean Ping à Libreville ce vendredi matin, Gabon, le 02/09/2016.
© RFI/SN

Au Gabon, deux jours après l’annonce de la victoire d’Ali Bongo et son allocution télévisée hier après-midi, le quartier général de Jean Ping qui a été pris d’assaut dans la nuit de mercredi à jeudi est toujours tenu et encerclé par les forces de sécurité. Vingt-sept personnes sont encore à l’intérieur du bâtiment, des collaborateurs de Jean Ping, mais également des personnalités politiques. Vendredi soir, la France a demandé la remise en liberté des responsables retenus au QG de l'opposition.

Zacharie Myboto, Paul-Marie Gondjout et son épouse, Christian Gondjout et d’autres, sont à l’intérieur. La situation est toujours bloquée sur place. Jeudi soir Abdoulaye Bathily, le représentant du secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique centrale s’est rendu au QG. « Nous avons exprimé notre incompréhension, notre désolation, en affirmant que nous étions séquestrés, alors que l’on nous ne nous reproche rien », a expliqué Zacharie Myboto.

Ces vingt-sept personnes ont envoyé une lettre par l’intermédiaire de leur avocat à Ban Ki-moon justement, mais également à Barack Obama, à François Hollande et Federica Mogherini, la diplomate en chef de l’Union européenne. Il s’agit d’un appel à l’aide officiel, dans un acte de séquestration arbitraire – c’est ce que dit le texte – qui accuse le président Bongo de violation des droits de l’homme. Aucun soin, aucune nourriture ne sont apportés pour l’instant à ces gens. Mais des Librevillois viennent spontanément leur apporter de la nourriture. Et les militaires, en fait, les laissent passer pour déposer leurs provisions.

Parmi ces vingt-sept personnes et signataires de la lettre se trouve dans le QG de Jean-Ping l’ancien vice-président du Gabon, Didjob Divungi Di Ndinge : « Nous avons demandé à la chancellerie et notamment l’Union européenne, l’ambassade de France et le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, d’intervenir auprès des autorités gabonaises pour que nous soyons libérés. Parce qu’il s’agit bien de cela. Nous avons reçu hier soir, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies qui avait déjà entrepris des démarches ».

Didjob Divungi Di Ndinge souhaite quitter le QG, mais avec certaines garanties : « Notre sécurité n’est plus du tout garantie. Vous voyez dans quelles conditions nous sommes séquestrés ici ? Nous vivons dans des conditions totalement illégales, aucun motif ne nous a été signifié. On nous a promis qu’on nous emmènerait à la gendarmerie pour être entendus. Ça fait vingt-quatre heures que ça dure. Donc nous courrons le plus grand risque par rapport à notre sécurité. De toute façon, de la part du pouvoir nous n’attendons aucune garantie ».

« Pas des prisonniers »

Ces vingt-sept personnes sont-elles séquestrées ou peuvent-elles sortir ? Pour Alain-Claude Bilie-By-Nze, le porte-parole du gouvernement gabonais, ces personnes ne sont pas des prisonniers : « Ces gens-là aujourd’hui ne font pas l’objet d’une procédure. Ils ne sont pas arrêtés. Ce ne sont pas des prisonniers. Le QG faisait l’objet d’un vrai rassemblement où s’organisaient ensuite les émeutes. Cela a été observé tout au long de la journée du 31 jusque tard le soir. Et c’est ayant observé ceci qu’il a été décidé de sécuriser ce lieu et d’éviter que des émeutiers partent de là pour aller brûler la ville. Et donc c’est ce qui a été fait. Ensuite, nous sommes préoccupés, effectivement, par la situation et nous ferons en sorte que cela revienne à la normale le plus rapidement possible ».

Outre ce quartier général de Jean Ping au quartier Charbonnages à Libreville, la situation reste tendue dans le reste de la capitale. Tout près de la Prison centrale de Libreville, le quartier est totalement bouclé. Les voies d’accès vers cette prison sont barrées par des militaires. Le dispositif est important. Il y a beaucoup de policiers encagoulés à l’intérieur de la zone et pas d’information sur ce qui se passe exactement dans cet établissement pénitentiaire.

En ville, il y a toujours les stigmates des affrontements de la veille, par exemple, sur le boulevard Triomphal, l’un des plus importants, des plus stratégiques de la ville. On y voit des véhicules retournés, calcinés, des magasins brûlés. A la Radiotélévision, il y a eu des violences. Un tractopelle est resté juste devant l’entrée avec les pneus crevés, la grille est sous haute garde, mais on voit des pierres un peu partout, des traces de brulures, du carrelage arraché. Le CND, le Conseil national de la démocratie, a lui aussi été victime d’un assaut. Le CND est l’instance créée spécialement pour permettre aux mouvements politiques de dialoguer ensemble. On y trouve désormais une voiture brûlée dans la cour, l’intérieur est vandalisé, les portes arrachées.

Pour la première fois, on peut voir le début de nettoyage notamment devant ce CND. Les militaires, à l’aide d’un engin de chantier assez gros, étaient en train de déblayer les planches, la tôle, les poubelles, les détritus jetés sur la voie. Depuis le début des incidents, les violences ont lieu plutôt l’après-midi et le soir et les gens se remettent un peu de ces violences.

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