Burkina Faso: d'anciens ministres de Blaise Compaoré auditionnés

Blaise Compaoré à Addis-Abeba lors d'un sommet de l'Union africaine, le 28 janvier 2011.
© REUTERS/Thomas Mukoya

Au Burkina Faso, des anciens ministres du dernier gouvernement de Blaise Compaoré ont été entendus ce mardi à la gendarmerie de Ouagadougou. Tous ceux qui avaient adopté en Conseil des ministres le projet de loi sur la modification de la Constitution, qui avait mis le feu aux poudres en 2014, sont sous le coup d'une commission rogatoire. Ils ont été entendu dans le cadre de l'enquête sur la répression de l'insurrection populaire, qui avait fait une trentaine de morts.

Une dizaine d’anciens ministres du dernier gouvernement de Blaise Compaoré  ont répondu à la convocation de la gendarmerie nationale.

Parmi les présents ce mardi matin au camp Paspanga de Ouagadougou, on peut citer notamment Arsène Bongnessan Yé, ex-ministre d’Etat chargé des réformes collectives et des relations avec le Parlement. C’est son département qui était chargé de la mise en œuvre des réformes consensuelles issues du cadre de concertation des réformes politiques ; Jean Bertin Ouédraogo, ex-ministre des Infrastructures. On retrouve aussi Alain Edouard Traoré, ex-ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement ; Baba Hama, ex-ministre de la Culture ; Mamounata Ouédraogo, ex-ministre de l'Eau et des Aménagements hydrauliques ; ou encore Jean Koulidiati, ex-ministre du Développement et de l'Economie numérique.

Plusieurs absences ont été signalées. Malgré le cadre, les ex-ministres avaient tous le sourire et étaient visiblement heureux de se revoir. Assis côte-à-côte sur des bancs, sous un hangar pour les uns et sous un arbre pour les autres. Certains se sont présentés seuls, d'autres été accompagnés par un membre de leur famille.

Quel rôle dans le projet de modification de la Constitution

C'est Arsène Bongnessan Yé, ex-ministre d’Etat chargé des réformes politiques du régime Compaoré qui a été reçu en premier. Après une heure d'entretien, il a laissé sa place à un autre ex-ministre. « Vous comprenez aisément qu'on ne peut pas vous parler du contenu de l'audition », lance-t-il avant de quitter la gendarmerie.

Selon plusieurs sources, les enquêteurs de la gendarmerie ont voulu savoir le rôle qu'aurait joué chaque membre du gouvernement au cours du conseil où le projet de loi portant sur la modification de la Constitution a été adopté.

Un autre élément ayant fait l'objet d'échanges entre les gendarmes et certains anciens ministres, c'est la réquisition signée de l'ex-Premier ministre de Blaise Compaoré. Dans ce document, Luc Adolphe Tiao demandait au chef d'état-major général des armées de prêter le concours des troupes nécessaires pour « empêcher par la force » les troubles à l'ordre public sur toute l'étendue du territoire national. Et d'ajouter que l'emploi de la force pour l'exécution de cette mission comporte « l'usage des armes ». Ce document avait été publié par les médias aux lendemains de l'insurrection populaire. Les enquêteurs auraient insisté pour savoir si chaque ex-ministre était informé de la présence de cette réquisition.

Les auditions se sont poursuivies toute la journée, après quoi ils ont tous pu regagner leur domicile. Les anciens ministres répondaient à une convocation d’une commission rogatoire de la Haute Cour de justice dans le cadre d’une enquête sur les victimes de l’insurrection populaire d’octobre 2014. Ils avaient été mis en accusation par les députés de la transition pour avoir participé au Conseil des ministres qui avait adopté le projet de modification de l’article 37 de la Constitution qui a engendré l’insurrection populaire ayant causé une trentaine de morts.